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Manteau d'étoiles, l'haïku-blog de Richard

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Ce blog est né d'un haïku. Le voici ...

couché sur l'herbe
dans mon manteau d'étoiles
j'ai dormi

A tout moment, vous pouvez revenir à la page d'accueil en cliquant sur la bannière ou sur l'image de droite. Si vous êtes perdus, vous trouverez aussi de l'aide ici. Bonne visite!

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Manteau d'étoiles



Bienvenue sur le blog haïku de Richard (alias Yamasemi), principalement consacré au haïku et au senryû, un style de poème court venu du Japon.

Découvrez mon itinéraire dans l'écriture, une présentation des Maîtres du haïku et mes propres haïkus et senryûs au fil des jours. Vous trouverez plus d'informations sur ce blog dans la page d'aide.

Vous pouvez si vous le désirez réagir sur chaque article en utilisant le lien "Ajouter un commentaire" et, si vous avez apprécié votre visite, vous pouvez aussi recommander ce blog.
4 avril 2006 2 04 /04 /avril /2006 16:58
La métaphore dans le haïku! A priori, la question ne se pose même pas: la plupart des sites ou ouvrages que l'on peut consulter vous diront qu'on ne fait pas de métaphore dans un haïku.

La métaphore est un procédé littéraire occidental. Lorsque j'étais enfant, on m'avait appris que c'était une comparaison où l'on supprimait le mot "comme". C'est sans doute un raccourci un peu brutal, mais plutôt efficace. En fait, la métaphore emprunte tant de visages que la définir reste un tour de force .

Quoiqu'il en soit, la métaphore éloigne le sujet de sa description, puisqu'il s'agit d'une image. Hors, le haïku selon Bashô, c'est "ce qui se passe ici et maintenant". Hors de question de s'éloigner de cette réalité, donc. En outre, puisqu'il s'agit d'une image, elle fait inévitablement appel à un contexte culturel particulier, ce qui restreint son universalité, sauf si on fait appel à des archétypes.

Enfin, la métaphore peut  devenir grandiloquente, boursouflée, monstrueuse, un véritable éléphant dans le petit magasin de porcelaine du haïku avec ses dix-sept syllabes.

Exit donc la métaphore? Pas sûr ...

On avait relevé, sur la liste haiku-fr, deux métaphores dans deux de mes haïkus (le sourire et la nage de l'ombre). Quoique brèves et légères, elles ont soulevé la question de leur côté trop occidental. Hors, voici quelques haïkus classiques où la métaphore est pourtant bien présente:

les petits poissons blancs
ne dirait-on pas tout à fait
l'esprit de l'eau qui court?
(Raizan)


même mon ombre
est en pleine forme
premier matin de printemps
(Issa)


Plus précisément, ces haïkus personnalisent parfois des phénomènes météorologiques, des choses inanimées ou des êtres vivants. Ainsi celui-ci, dont la première lecture m'avait littéralement cloué sur place:

je lève la tête
l'arbre que j'abats
comme il est calme
(Issekiro)


Quelle merveille. Comment mieux rendre ce contraste entre l'arbre peut-être multi-séculaire, le témoin de l'histoire, et qui s'apprête à tomber sans broncher sous les coups de l'être humain, dont la vie est si brève mais qui peut faire tant de dégâts. Comment mieux rendre ce sentiment de gâchis face à la nature détruite. Cette personnalisation de l'arbre, qui reste calme, comme s'il pardonnait déjà à son bourreau, me parle. Je ressens même la culpabilité du bûcheron, constatant le contraste entre ses coups agressifs, mortels, et le magnifique détachement de sa victime. Seule une métaphore pouvait ainsi, dans le format obligatoirement court du haïku, me suggérer tout cela. Peut-être y verrez-vous tout autre chose, c'est un signe de richesse et l'indice que ce haïku est réussi.

Enfin, je terminerai par ce splendide poème de Buson, qui accumule les interdits avec une personnalisation et deux métaphores:

avalant des nuages
puis recrachant des pétales
le mont Yoshino


Le mont Yoshino, dans la région de Nara, est célèbre dans tout le Japon pour la beauté unique de ses cerisiers en fleurs. Il a été chanté par les plus grands poètes et représenté par les plus grands peintres (dont Buson lui-même). Ici, le mont Yoshino est personnalisé, il avale les nuages et les restitue sous la forme des pétales de cerisier. Difficile de faire plus métaphorique!

Comment les auteurs classiques ont-ils pu recourir à ce qu'ils critiquent par ailleurs? Je pense que l'une des explications tient au shintoïsme, la religion locale, subtil mélange de polythéisme et d'animisme. Les dieux, les génies sont partout au sein de la nature, dans les arbres, les eaux. Tout est ainsi susceptible d'avoir une âme et d'être vivant. La personnalisation et la métaphore deviennent ainsi presque naturels. Ainsi le mont Yoshino est-il considéré comme la demeure des dieux de la montagne. Le magnifique haïku de Buson nous paraît dès lors plus "naturel".

Alors, la métaphore est-elle réellement interdite dans le haïku? Comme d'habitude, il n'y a pas de réponse tranchée. Si la métaphore est lourde et grandiloquente, je dirai sans hésiter qu'elle n'a pas sa place dans le haïku. Difficile d'y caser un "Ô temps! suspend ton vol" (désolé Alphonse!) sans verser dans le ridicule achevé.

En revanche, si en un ou deux mots la métaphore permet de multiplier les significations (la polysémie) et d'entretenir le flou, si elle permet d'y condenser ce qui serait autrement trop long et ferait exploser les dix-sept à dix-huit syllabes du haïku, alors elle est admissible.

Une autre condition: elle ne doit pas être obscure. La métaphore dans le haïku ne doit pas emmener vers l'hermétisme, bien au contraire. Elle doit éclairer sans éblouir, enluminer sans monopoliser l'attention.

Si ces deux conditions sont réunies, je n'hésite pas à employer une métaphore, après avoir toutefois vérifié que je ne pouvais vraiment pas faire autrement. La métaphore ne doit pas en effet devenir une solution de facilité. Il existe presque toujours un moyen de s'en passer. Ce n'est qu'en dernier ressort, ou lorsqu'elle est particulièrement heureuse (comme dans l'arbre d'Issekiro) que je l'emploie.

Ce n'est que ma conception, et d'autres haïjins pourront la contester. Ce n'est qu'une étape sur mon itinéraire dans l'écriture et je ne prétends nullement détenir une quelconque vérité. Mieux: je critiquerai peut-être moi-même cet article dans quelque temps...
 
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25 mars 2006 6 25 /03 /mars /2006 11:05
Ne confondez pas connaissance avec sagesse.
Vous ne tromperez que vous-même.
Etre un perroquet bien informé est facile, cela peut même vous donner la sensation de savoir mais en fait cela ne vous mettra que des bâtons dans les roues de la sagesse.

Etre sage c'est accepter de ne pas savoir, être sage c'est parler avec des mots qui viennent uniquement de notre propre expérience

Dharma

C'est la raison pour laquelle j'aime le haïku. On peut toujours accumuler des connaissances livresques à son sujet, on n'atteindra jamais la lumineuse simplicité d'un Bashô, la puissance descriptive d'un Buson ou la sérénité d'un Ryôkan si l'on ne met dans ses tercets que de la technique.

Il faut obligatoirement partir de son vécu, même si l'on mélange plusieurs expériences, même si l'on mêle au vécu un peu de rêve. Sinon, on restera un faiseur, peut-être habile, mais on ne sera jamais un haïjin.

Le haïku, c'est ce qui arrive ici et maintenant, disait Bashô. Difficile d'être plus clair. Si l'on écoute attentivement le silence qui suit la lecture d'un haïku, on doit entendre battre le coeur de son auteur.
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7 mars 2006 2 07 /03 /mars /2006 10:09
Suite à une remarque faite par deux personnes dont l'avis m'est cher et qui ne se connaissent pas et n'ont donc pas pu se concerter, je reviens sur le haïku de dimanche :

de retour chez moi
je suis le croissant de lune
voilé par la brume
 

Le mot "suis" introduit une évidente ambiguïté : est-ce le verbe "suivre" ou le verbe "être" ?

Pour tout vous dire, j'ai volontairement laissé cette ambiguïté. La langue japonaise fourmille de mots  possédant plusieurs sens. Cela introduit un flou "naturel" si l'on peut dire. Le premier jet du poème écrit, j'ai décidé de laisser "suis" qui me semblait introduire un flou de même nature par le jeu des homonymes.

Cependant, les deux personnes en question ont buté sur la signification de la deuxième ligne car elles ont naturellement vu le verbe "être" sur lequel elles restaient en quelque sorte "fixées". Il leur a fallu un certain effort avant de voir le verbe "suivre" qui est bien sûr celui que j'avais l'intention d'employer au départ. Le verbe "être" était secondaire, même si le fait d'être la lune, ou plus précisément d'être dans la lune ne me dérange pas plus que ça

Le flou tournait à l'obscurité, ce qui va à l'encontre de ma conception du haïku.

Après discussions sur la liste haiku-fr, on m'a suggéré l'emploi du participe présent, qui lève tout doute quant au verbe employé, tout en laissant un certain flou sur le sujet :

de retour chez moi
suivant le croissant de lune
voilé par la brume

Cette formulation me conviendrait aussi, elle introduit par ailleurs une belle assonance dans la seconde ligne. Toutefois, même si elle est plus claire, je regrette un peu le flou de la première. Bref, je n'arrive pas à me décider.

Donc, tout comme pour la nage de l'ombre, j'ai décidé de vous donner la parole. Il vous suffit de voter dans vos commentaires pour votre version préférée en expliquant les raisons de votre choix. Le résultat sera publié dans une semaine.

A vous ...
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26 février 2006 7 26 /02 /février /2006 08:30

Je suis abonné depuis deux ou trois ans à la méditation du jour. Coïncidence, j'ai reçu ceci hier :

 

Les mots ont la tâche impossible d'expliquer la beauté du silence.
Ils ne peuvent pas s'en approcher mais il faut quand même essayer.
Le silence est merveilleux.
Le silence est le chemin.
Le silence est la réponse.

Tishan

 

Intéressant non? Le haïku est une poésie si ténue qu'on pourrait l'appeler la poésie du silence. Pas d'effet inutile, pas d'interprétation, juste trouver les quelques mots justes pour rendre compte de la beauté d'un moment, d'une situation et la partager. Et tout comme parler du silence suffit à troubler le silence, tenter d'expliquer la beauté suffit peut-être finalement à s'en éloigner.

Plus ça va, plus je pense qu'un fois certains principes de base acquis, la spontanéité et la sincérité sont les meilleurs atouts dans l'écriture du haïku.

 

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14 février 2006 2 14 /02 /février /2006 14:45
Dans ce billet, j'exposais ma propre conception quant au respect (ou non) du nombre de syllabes dans le haïku (en principe dix-sept) et de leur répartition en trois lignes de 5, 7 et 5 syllabes.

Le débat a récemment repris sur haiku-fr, alimenté par un lien sur l'intéressant blog Haiku and happiness, de Gabi Grene. Cette spécialiste allemande du haïku traditionnel vit au Japon, et son point de vue est intéressant car elle parle japonais, ce qui lui permet d'avoir une vision très authentique et "de l'intérieur" du haïku. Elle explique ainsi dans cet article à quel point le rythme 5-7-5 est naturel en Japonais, et ne constitue selon elle pas un effort de versification analogue à notre alexandrin par exemple.

Pour les non-anglophones, je résume très brièvement : le Japonais est une langue syllabique. La combinaison de deux ou trois syllabes suffit à créer des mots. Ainsi YAMA signifie montagne ou KAWA rivière. Combinez deux mots et vous obtiendrez quelque chose comme AWA KAWA (rivière sauvage) ou YAMA KAZE (vent dans la montagne). Le mot NO peut ensuite servir à combiner deux mots pour en créer un troisième (mais mon Japonais très limité ne me permet pas de donner d'exemple, hormis MIZU NO OTO: le bruit de l'eau. Yoko, Kayo, Kyoko, c'est le moment d'intervenir dans les commentaires )

Reliez le tout ensuite par un mot de césure (kireji en Japonais), tels que les fameux YA (exclamatif) ou KANA (expression d'une admiration respectueuse), et vous voici naturellement avec les 5 ou les 7 syllabes d'un vers de haïku :

YAMA KAZE YA (ah! le vent dans la montagne)

Simple non? Il résulterait de tout cela une démystification totale du 5-7-5, réduit à l'expression la plus naturelle et la plus simple de la langue japonaise. Le grand art des haïjins japonais consiste précisément à faire de cette expression naturelle des choses des oeuvres d'art.

De là à conclure qu'il ne faut surtout pas essayer de reproduire ce rythme et cette versification dans d'autres langues, il n'y a qu'un pas, allègrement franchi par Gabi Grene.

D'autres échanges sur haiku-fr, tout aussi instructifs, précisent que la longueur des syllabes japonaises est constante, ce qui n'est pas le cas dans les autres langues. Si l'on rajoute à cela les diverses licences poétiques que l'on trouve par exemple en Français, on se retrouve avec une situation en effet plus complexe qu'en Japonais. Il suffit de penser à la valeur du "e", en principe compté devant une consonne pour former un pied ou au contraire élidé par l'apostrophe pour obtenir le bon compte de pieds. Citons encore la diérèse, qui permet de dissocier une syllabe en deux au niveau de deux voyelles successives (exemple: prononcer li-on au lieu de lion) et qui permet de "récupérer" un pied.

Pour toutes ces raisons, le 5-7-5 ne serait alors qu'une chimère, trop rapidement et servilement copiée du Japonais et plaquée sur des langues qui ne l'acceptent qu'au prix de contorsions douloureuses.

Moi, je veux bien. Il n'en reste pas moins que l'usage des mots de césure permet au Japonais de rajouter facilement des syllabes pour "boucher les trous" et tirer une ligne jusqu'à cinq ou sept syllabes, ce qui équivaut à notre diérèse.

L'argument concernant la formation des mots en Japonais me paraît en revanche bien plus convaincant, même si je pense toujours que garder  pour objectif la limite de dix-sept syllabes est un frein salutaire au verbiage, et que le rythme 5-7-5 procure un bel équilibre ternaire.

Toutefois, je sens bien que pour aller plus loin, je n'ai pas le choix : je vais devoir acquérir quelques notions de Japonais!

Kayo, Yoko, Kyoko, Neko avez-vous une bonne méthode à me conseiller (Assimil Bashô) ?
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6 janvier 2006 5 06 /01 /janvier /2006 13:23
Nous y voilà!

La plupart des sites ou ouvrages traitant du haïku en donnent une définition très formelle: un poème court de dix-sept syllabes réparties en trois lignes de 5, 7 et 5 syllabes. J'ai moi-même débuté ce blog comme ça. Or, il suffit de lire des haïkus classiques japonais traduits en Français pour s'apercevoir que cette règle n'est que très rarement respectée. Il en est de même des haïkus écrits directement en Français ou dans d'autres langues. Alors? haïkus ou simples poèmes courts? Noter que les divers éditeurs ou sites en ligne proposant des concours de haïkus exigent d'ailleurs souvent le 5-7-5, comme s'il s'agissait là du seul critère faisant d'un tercet un haïku. C'est bien sûr faux, mais il faut reconnaître que c'est un critère objectif facile à vérifier.

Petit manuel pour écrire des haïkus - Philippe Costa - Ed. Philippe PicquierCe débat agite régulièrement les haïjins. Il y a les puristes, tels Philippe Costa qui, dans son Petit manuel pour écrire des haïkus (éd. Philippe Picquier), prône un respect absolu des contraintes de forme ce qui forcerait selon lui à se montrer plus créatif.
Cela se défend, lorqu'on voit ce qu'un Racine, un Baudelaire ou un Nerval ont pu faire dans le format très contraignant du sonnet et de l'alexandrin. Et Philippe Costa d'ajouter: Je crois  pouvoir affirmer que vous n'obtiendrez aucune reconnaissance des "hommes de l'art" si vous passez outre aux contraintes de métrique, et ce même si vos poèmes témoignent de la meilleure verve poétique.
Voilà qui a le mérite d'être clair. Voire ... car trois lignes plus loin, l'auteur préconise une certaine souplesse dans certains cas concernant le nombre de syllabes. Et de recourir aux procédés poétiques classiques: élision du e final, diérèse (prononcer vi-o-lon, soit trois syllabes, au lieu de vio-lon, deux syllabes) etc. Et de citer page suivante Tôhô, disciple de Bashô: la nouveauté est la fleur du haïkaï, reconnaissant que la poésie ne s'accommode pas de règles figées.

Sages ou fous les haïkus? - Heri Brunel - Ed. Calmann-LévyInversement, Henri Brunel dans Sages ou fous les Haïkus? (éd. Calmann Lévy) écrit en parlant du haïku français : la règle des dix-sept syllabes est rarement appliquée, et note que : chaque langue suit la pente de son génie singulier, et le Français, plus disert que le Japonais se plie moins facilement à la règle des dix-sept syllabes.

Et en effet, les fameuses dix-sept syllabes réparties en lignes de cinq et sept syllabes font partie du patrimoine poétique japonais et sont au moins aussi importantes que l'alexandrin dans la poésie française.

La langue japonaise est plus elliptique, ne comporte pas d'articles et le sujet d'un verbe peut être omis. Elle est naturellement syllabique (les caractères représentent une syllabe) ce qui en rend le compte facile. Mieux, certains mots n'ont pas une réelle signification, ils font office de ponctuation. On trouvera ainsi souvent dans les originaux japonais ya et kana qui sont respectivement une interjection et une marque d'admiration respectueuse (kana termine fréquemment un haïku). Ces deux mots sont très commodes lorsqu'il manque une ou deux syllabes et n'ont pas le caractère un peu artificiel d'un oh! ou d'un ah! français. Et lorsqu'il y a trop de syllabes, il suffira d'enlever un sujet ou deux et le tour sera joué. Le Français est loin d'offrir ce type de facilité, ce dont sont du reste bien conscients les Japonais francophones, qui mesurent bien le fossé qui sépare nos deux langues. J'ai eu l'occasion de parler de haïku avec trois d'entre eux, et ils étaient très surpris lorsque je leur ai dit que nous tentions de respecter la métrique 5-7-5 et stupéfaits lorsque je leur ai montré ... qu'on y parvenait!

En dépit de toutes ces facilités, les maîtres japonais classiques ont parfois pris quelques libertés avec le 5-7-5. On sait aussi qu'à la fin du dix-neuvième siècle, Hekigodo prôna une liberté de forme, se débarassant même du kigo, le mot de saison et bien évidemment de la contraignante métrique.

Sur les listes de diffusion consacrées au haïku, on lit un peu de tout, mais il n'y a généralement pas d'attitude systématique. On voit souvent que le haïku anglophone tourne autour de quatorze-quinze syllabes (concision de l'Anglais), alors que le Français peut aller jusqu'à une vingtaine du fait de sa structure. Il n'en demeure pas moins que certains, au prix d'un choix très soigneux des mots, se font adeptes d'un minimalisme (une douzaine de syllabes) impressionnant. Tout est dit en 3-5-3 (Marcel, Robert, si vous me lisez ...) sans fioritures inutiles ni, et c'est un exploit, aucune sécheresse. Je reste admiratif, car je me reproche souvent mon côté verbeux (d'ailleurs, cet article ...).

Un exemple de ce minimalisme dû à Marcel :

ciel dégagé -
l'unique étoile
du berger


Pas un mot de trop. Et pourtant lorsque je lis ce haïku, je suis sous le ciel nocturne, et je vois Vénus briller au-dessus de moi. Imparable, magnifique.

Pour ma part, j'adopte comme souvent la "voie du milieu". J'apprécie le 5-7-5 pour son rythme ternaire, son bel équilibre, notamment dû à l'alternance court-long-court. Cependant, je ne lis pas le Japonais, et ce n'est qu'à travers leurs traductions françaises que j'ai pu apprécier les haïkus des Maîtres. La métrique 5-7-5 y était très rarement respectée, et pourtant, j'y ai trouvé cette "saveur" qui me plaît tant et m'a donné envie de m'y essayer. Comment donc considérer la métrique comme un critère absolu? Ce serait incohérent.

 Lorsque je compose un haïku, j'essaye donc toujours à priori d'écrire un 5-7-5. Selon que j'obtiens un poème trop long ou trop court, ma démarche est bien différente :

trop long: je tente, sans torturer la syntaxe ni verser dans le style télégraphique, de mieux choisir mes mots pour obtenir un 5-7-5. Si je ne peux y parvenir mais que je suis à dix-huit syllabes, je m'estime satisfait. Il est rare que je dépasse ce compte. Au delà, j'estime que ma construction ou mon choix de mots peuvent gagner en concision, et c'est le signe qu'il faut retravailler le verset. Souvent, c'est un défaut dans l'angle sous lequel j'ai initialement présenté les choses, et ce remaniement est alors salutaire pour la force et la pureté du résultat final.

trop court: cela m'a posé problème au début, et cela me posait toujours problème jusqu'il y a un ou deux mois. Autant gagner en concision permet d'épurer le trait et de gagner en force, autant "rallonger la sauce" est néfaste et ne fait qu'affadir.

Ainsi du haïku qui a donné son titre à ce blog:

couché sur l'herbe
dans mon manteau d'étoiles
j'ai dormi


ce qui donne un 4-6-3 (treize syllabes). J'ai bien essayé de faire un 5-7-5 :

allongé sur l'herbe
dans mon grand manteau d'étoiles
heureux, j'ai dormi


Félicitations, vous venez d'assister à un beau massacre. Ce qui était léger (le karumi cher à Bashô) s'est irrémédiablement alourdi de toutes ces chevilles (grand, heureux), et au lieu d'allongé, je pourrais plutôt dire vautré, parce que c'est bien ce que j'ai fait avec cet essai!
Toute la pureté de cette nuit à la belle étoile, toute la force de la situation s'est envolée, engluées dans une prosodie de convenance où les ajouts ... n'ajoutent rien!
 Et pourtant, c'est un 5-7-5.

Après de nombreux essais, et après avoir pris l'avis d'haïjins expérimentés en qui j'ai toute confiance (Francis, Yves, si vous me lisez ...), j'en reste définitivement à mon 4-6-3, même s'il ne constitue pas ce que j'appelle un haïku canonique.

L'esprit doit avoir priorité sur la lettre. Kana
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4 janvier 2006 3 04 /01 /janvier /2006 15:10
Le haïku est concis, la langue française ne l'est pas naturellement. Nous devons respecter une construction de phrase et une syntaxe bien précises que l'on ne peut bousculer trop sans verser dans l'obscurité ou le style télégraphique.

En principe, le haïku classique emploie des mots simples. Ce n'est pas une poésie flamboyante, encore moins hermétique. Toutefois, il n'est pas interdit, puisque c'est aussi une poésie de l'humour et de la légèreté (le karumi cher à Bashô) d'utiliser à bon escient un procédé amusant: le mot-valise.

Petit fictionnaire illustré par Alain Finkielkraut (éd. du Seuil)C'est dans le livre Ralentir: mots-valises d'Alain Finkielkraut, ressorti depuis sous le titre Le petit fictionnaire illustré (éditions du Seuil) que j'ai pris contact avec cette cocasse manière de bricoler des mots avec d'autres mots, du lego lexical en somme. Ainsi du bahuri (un lycéen peu futé), du wagabon (un wagon qui se détache du train pour vivre sa vie tout seul) ou du truculent masturbin (point de vue ouvrier sur la masturbation).

Le procédé est maintenant passé dans le langage courant. Qui n'a pas entendu parler du publipostage, enfant monstrueux du postage et de la publicité qui encombre nos boîtes à lettres? Et je ne résiste pas au plaisir de citer le sketch de Jean-Marie Bigard à propos des inventions de langage des lendemains d'ivresse, avec les fameux bonjeoir (combinant boujour et bonsoir, pratique quand on ne sait même plus l'heure qu'il est), c'est clur (contraction de c'est clair et c'est sûr) et le monumental tu te laisses poustache (tu te laisses pousser la moustache).

Quel rapport avec le haïku? Voici: il y a quelque temps, j'avais écrit:

dans leur bruissement
on ne sait où elles se hâtent
les feuilles mortes


Je restais insatisfait de la première ligne. Elle ne rendait pas assez à mon goût le son très particulier des feuilles qui frottent le sol, à la fois léger et pourtant très net, agaçant l'oreille, ni leur frôlement, cette fuite rapide au ras du sol. Bruissement, frôlement, fuite ... j'ai longtemps cherché. Jusqu'à ce que j'écrive finalement:

dans leur fruissement
on ne sait où elles se hâtent
les feuilles mortes


qui ne plaira peut-être pas à tout le monde, mais qui me satisfait aujourd'hui. Juste une lettre déplacée, un f pour un b. J'aime ces petits détails qui font basculer la perception.

Ce n'est toutefois pas un procédé (je n'aime pas trop le mot en matière de poésie) que j'emploierai souvent. A mon sens, la langue est assez riche pour ne pas avoir à trop user de ce genre de malice. Le débat est ouvert ... qu'en pensez-vous?
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29 décembre 2005 4 29 /12 /décembre /2005 22:52
Je travaille dans l'informatique, ce qui n'est pas sans provoquer certaines déformations professionnelles ...

Ainsi, en m'endormant hier soir, je me demandais s'il existait des programmes de génération automatique de haïkus. Ce matin, j'ai posé la question à l'ami Google, et bien sûr, ça existe. Il y a plusieurs générateurs de haïkus, le plupart du temps anglophones. En Français, j'ai retenu les deux suivants:

Le résultat est assez réjouissant. Bien sûr, ce ne sont pas à proprement parler des haïkus, mais ça y ressemble d'assez près. Le ton est relativement bien imité, et certains vers, pris isolément, seraient assez crédibles. Détail amusant, l'haïku-tron génère des poèmes de 7-5-7 vers et non 5-7-5 suite à une coquille du dictionnaire dans lequel l'auteur du programme a pris la définition du haïku!

En m'amusant avec ces deux générateurs, je me demandais cependant ce qu'un programme plus élaboré, dans lequel un auteur définirait son glossaire personnel et relié à un saïjiki correct pourrait donner. Ce serait sans doute plus réaliste, tout en restant une pure illusion. Si la poésie n'était qu'une question de technique et de simple combinaison de mots extraits d'un glossaire, cela fait longtemps que les ordinateurs seraient poètes. Et pourtant, un ordinateur a bien défié avec succès un champion d'échec ...

Petite pensée un peu angoissante tout de même ...
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19 décembre 2005 1 19 /12 /décembre /2005 21:56
Vous avez sans doute noté que les deux derniers haïkus n'étaient pas départis d'une certaine sensualité (voire d'une sensualité certaine pour celui de samedi). Je vais vous faire une confidence: ce n'étaient pas vraiment des haïkus, mais plutôt des senryûs.

Lorsque le thème est centré sur l'humain plus que sur la Nature, lorsqu'on y dépeint des traits de caractères, notamment de petits travers avec une certaine ironie, on parle alors plutôt de senryû. Il en est de même lorsque le poème contient une certaine auto-dérision (comme celui d'hier par exemple).

Il existe d'autres critères, notamment de forme, dont j'aurai l'occasion de reparler. Notez juste que le senryû possède une liberté de ton, une familiarité, que le haïku ne se permet généralement pas. Et notamment en matière d'érotisme. Jusqu'à l'époque de Bashô, le haïku ne parlait pas d'amour, des formes plus longues telles que le tanka y pourvoyaient. On y parlait encore moins de choses lestes. Haïku érotiques, par Jean Cholley (éd. Picquier poche)Au XVIIè siècle, les choses s'assouplirent (si l'on peut dire), et nombre de senryûs sensuels ou ouvertement érotiques fleurirent. Une petite anthologie de haïkus érotiques a été ainsi rassemblée par Jean Cholley (éditions Picquier poche) et elle vaut le détour, dans une veine truculente et réjouissante. Chacun en prend pour son grade: le clergé, les couples légitimes et les autres, les courtisanes et les belle-mères, sans parler des veuves. Le senryû érotique était aussi l'occasion d'égratigner le pouvoir en place au travers de ses femmes, les dames du palais, brocardées pour leurs appétits et leur goût supposé pour des olisbos de plus en plus imposants. Je ne résiste pas au plaisir de vous livrer quelques échantillons de ce petit livre tonique:

les dames du palais
vous ont la mine
de ne pas en avoir envie

la dame du palais
a perdu un objet
dont elle n'ose s'enquérir

quand il dresse sont mât
l'épouse s'empresse alors
de prendre la barre

lassée que chaque nuit
il s'y glisse, la bonne fait son
lit en porte-feuille

et ainsi de suite...

Pour ma part:

corps enchevêtrés
la lune les illumine
amants endormis

comme elle sent l'amour
ta peau inondée de sueur
sur le drap tout blanc!

fruits mûrs au soleil
ils dansent en liberté
tes deux seins de lait

et ... c'est tout. Il y en a bien d'autres, mais comme dirait Bigard, j'aurais peur de passer pour un sentimental (si, c'est vite fait!)
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16 décembre 2005 5 16 /12 /décembre /2005 14:21
Suite à l'envoi de mes variations sur le même thème à la liste haiku-fr, Serge Tomé a eu la réaction suivante à propos de la première version:

Je préfère cette variante qui est sûrement la première. Donc la plus "juste".
Les autres disent trop, concluent. Ici, il n'y a rien de trop. Tu as posé les éléments, juste bien en interaction. Et le lecteur est libre d'y utiliser ses images personnelles, son vécu.
Il ne sert à rien d'utiliser un attirail technique souvent émoussé par l'usage lorsque l'on pose des images fortes et bien agencées comme dans ton haïku.
Sur le "romantique", tu me fais penser à un poème de V. Hugo sur les belles un instant entrevues et regrettées toute une vie.

Et comme je lui répondais qu'effectivement, le "romantique" était l'original dont j'étais insatisfait pour diverses raisons, dont son côté excessivement sentimental à mon goût, Serge fit cette réponse:

C'était le premier mais surtout celui qui était le plus"brut". A vrai dire, je ne peux te dire ce qu'est ou sera le haïku en français. Je prône des règles parce que je les pense adaptées au genre mais comme nous n'avons pas de tradition en français...Je les présente seulement à titre d'exemple et de base.
Je reste personnellement pour l'écrit le plus brut en me servant seulement de la force et de la disposition des images. C'est une des voies du haïku japonais. Pas la seule et d'ailleurs une voie tardive à ce que je pense.

et, sur mes essais de variation:

C'est très intéressant de se permettre des variations. Quel graveur ne fait que reproduire son trait sans s'essayer à des variantes ?

Cela étant, ces variations, surtout les dernières, lui paraissaient trop "littéraires". Mais c'est mon avis seulement.

Serge est une grande figure du haïku francophone et du haïku tout court. Son site Temps libre est une référence. Ce qui me frappe dans son intervention, outre sa gentillesse à l'égard du débutant que je suis (merci pour V.Hugo!), c'est son humilité. Qu'une personne aussi expérimentée et respectée avoue ne pas savoir dans quelle direction ira le haïku francophone en dit long.  Finalement, Serge et tous ceux qui participent aux listes de discussion, aux ateliers d'écriture et aux divers sites forgent ensemble un art vivant et toujours neuf. Je suis ravi de participer autant que faire se peut à cette aventure du haïku francophone. Moi qui avais une peur panique de la ré-écriture, voilà que je la sollicite, me sentant en confiance dans cette communauté du haïku qui n'a d'autre but que s'entraider pour progresser. Finalement, les choses n'ont pas tellement changé depuis le temps où Bashô tenait école.

Et tout le monde est invité.  Pourquoi pas vous?


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