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Manteau d'étoiles, l'haïku-blog de Richard

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Ce blog est né d'un haïku. Le voici ...

couché sur l'herbe
dans mon manteau d'étoiles
j'ai dormi

A tout moment, vous pouvez revenir à la page d'accueil en cliquant sur la bannière ou sur l'image de droite. Si vous êtes perdus, vous trouverez aussi de l'aide ici. Bonne visite!

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Manteau d'étoiles



Bienvenue sur le blog haïku de Richard (alias Yamasemi), principalement consacré au haïku et au senryû, un style de poème court venu du Japon.

Découvrez mon itinéraire dans l'écriture, une présentation des Maîtres du haïku et mes propres haïkus et senryûs au fil des jours. Vous trouverez plus d'informations sur ce blog dans la page d'aide.

Vous pouvez si vous le désirez réagir sur chaque article en utilisant le lien "Ajouter un commentaire" et, si vous avez apprécié votre visite, vous pouvez aussi recommander ce blog.
31 août 2006 4 31 /08 /août /2006 06:30
Poèmes de tous les jours par Ôoka Makoto (éd. Philippe Picquier poche)Dans ce billet, j'exprimais mon souhait de franchir une étape dans mon écriture et notais que cela passait, entre autres, par une certaine qualité du regard. Serge Tomé avait eu l'amabilité de m'envoyer une bibliographie par courriel pour m'aider dans mes recherches.

Il se trouve que l'un des ouvrages conseillés, Poèmes de tous les jours par Ôoka Makoto (éd. Philippe Picquier poche) contient d'excellents exemples de ce regard très particulier des extrêmes-orientaux sur le monde qui donne à leur poésie cette saveur très particulière qui m'a amené au haïku.

Ôoka Makoto est un poète, essayiste et critique japonais. Il tient depuis 1979 dans le grand quotidien Asahi une rubrique inittulée Poèmes de tous les jours dans laquelle il présente et commente un poème classique ou moderne, le situant dans son contexte et donnant une courte notice biographique de l'auteur. Une brève analyse fournit juste ce qu'il faut d'informations pour que le lecteur continue par lui-même ce que Ô.Makoto ne fait qu'esquisser. Le livre présente une sélection de cent de ces poèmes. L'ouvrage est très bien fait, et je le recommande chaleureusement à tout amateur de poésie japonaise.

J'ai relevé deux poèmes, deux tankas, qui illustrent ce que j'appellerai le "regard japonais"  et qui me feraient presque éprouver le complexe du gaïjin:

dans la transparence de mon coeur s'en est allé la nuit
tourné vers elle pourtant j'en oubliais la lune

Empereur retiré Hanazono (1297-1348)

dans leur science du temps les fleurs des champs d'automne
ont toutes le parfum des rayons de lune

Jien (1155-1225)

Le premier montre à quel point la direction et l'angle du regard sont importantes. Au plus profond du poète, son coeur, il intériorise tant la nuit qui l'enveloppe qu'il en oublie la lune, unique source de clarté, sur laquelle il avait pourtant les yeux fixés. A sa place, un poète occidental, surtout un romantique, aurait chanté la beauté et la douceur de la nuit et la qualité si particulière de la lumière sélène. Ce faisant, il serait resté à l'extérieur de cette nuit qui n'aurait fourni qu'un décor propre à nourrir son lyrisme. Tout à fait différente est l'approche du poète japonais, qui intériorise et fait totalement sienne cette nuit au sein de laquelle il se fond au point d'oublier tout éclat extérieur, en eût-il la plus importante source devant les yeux. Au passage, heureux temps et heureux pays où les empereurs retirés devenaient poètes (toute allusion à un "retraité de l'île de Ré" existant ne serait pas tout à fait fortuite ni involontaire ...)

Dans le second tanka, la nature est merveilleusement mise en avant, et là encore par et pour elle-même. Les fleurs se voient dotées d'une merveilleuse sagesse, d'autant plus fascinante que l'homme ne l'a pas: la science du temps qui passe. Cette science leur permet de "savoir" quand elles doivent s'ouvrir et, par un changement de perspective proprement génial, leur parfum en vient à être attribué à la lune, leur donnant une qualité cosmique qui englobe de ce fait tout l'Univers. Sagesse et unicité de la Nature, pure observation de la part du poète qui, totalement absent du tanka, ne fait que peindre ce qu'il voit et donner à cette Nature le premier rôle. Aucun poète occidental n'aurait eu cette approche.

C'est cela le regard que je cherche. Il y a encore du travail!
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22 août 2006 2 22 /08 /août /2006 14:35
J'ai parlé il y a deux jours de haïga, l'alliance de la peinture et de la poésie dans mon billet sur l'art de Sounya.

Il se trouve que nous apprécions tout deux ce que fait l'autre. Après en avoir discuté par courriel, nous allons donc nous essayer au haïga. Nous n'avons pas vraiment de références ni de règles en la matière, nous allons tout simplement essayer de voir comment les poèmes et les peintures existantes peuvent s'allier avant de tenter l'aventure d'oeuvres totalement originales.

Le premier résultat de ce rapprochement est visible chez Sounya ici suite à la série "pluie battante".

Lisez tout d'abord les haïkus seuls, puis relisez-les chez Sounya en regardant sa peinture. Et dites-nous sur les deux sites ce que vous inspire le rapprochement du trait et des mots.

Merci à Sounya, je suis heureux de cette première collaboration qui ouvre, je l'espère, une longue série.

Je  viens du reste de tomber sur un poème chinois de Siao Ting (13è siècle) dont je vous livre un fragment car il me paraît bien adapté à mon ressenti vis à vis de la peinture de Sounya:

sous mon pinceau
la profondeur
de mille années
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3 août 2006 4 03 /08 /août /2006 14:57
Johnny Depp et Keith RichardsLe second volet de Pirates des Caraïbes vient de sortir. J'irai sans doute le voir, ayant passé un bon moment avec le premier. Chose amusante, il sort en France peu de temps après le concert des Rolling Stones  au stade de France. Or, il est de notoriété publique que Johnny Depp s'est énormément inspiré du look du mythique guitariste des Stones, Keith Richards en personne, pour camper le personnage de Jack Sparrow. Bien loin des pirates rasés de près auxquels Hollywood nous avait habitués, Depp a imposé un flibustier haut en couleurs, aux yeux soulignés de khôl et sans doute moins "propre sur lui" mais bien plus proche de la réalité historique! Depp aurait même souhaité que Keith Richards fasse une apparition dans le film, mais le planning du guitariste ne l'a pas permis. Il est probable, vu son parcours assez tumultueux, que l'idée ne déplaise pas à Richards, puisqu'il devrait figurer dans le troisième volet de Pirates des Caraïbes dans le rôle du père de Johnny Depp/Jack Sparrow!

En dépit de son apparence actuelle de vieux boucanier décati, rançon des excès multiples de sa vie de rocker de grand chemin, Keith Richards est un artiste, doublé d'un personnage intelligent. Il faut dire que comme la majorité des grands rockers anglais (John Lennon, Eric Clapton ...), Keith Richards est passé par une Art School. Bien  que ce type d'école ait pu faire un peu figure de voie de garage  ou de refuge pour les cancres dans les années cinquante/soixante, et que Keith ait sans doute fait plus d'efforts pour se rapprocher du radiateur que pour suivre les cours, l'ambiance artistique et la formation de ces établissements ont sans doute donné aux rockers locaux une ouverture d'esprit et une culture qui, pour moi, font la différence avec le rock américain, plus monolithique. C'est sans doute l'une des raisons qui ont fait de certains groupes anglais les plus grands et les plus mythiques. Mais je m'égare ...

Que vient faire Keith Richards sur un site pratiquement dédié au haïku?  Eh bien la sortie du film et la prochaine participation de Keith au troisième volet m'ont rappelé une interview dans laquelle le guitariste exprime des idées qui me paraissent intéressantes.

De mémoire, Keith disait en substance que les meilleures chansons ne se composent pas. Elles "pré-existent" en quelque sorte, et les musiciens les plus sensibles (d'aucuns diraient les plus doués) ne font que les "attraper".  Une idée très intéressante, qui rapellera au choix les muses classiques ou "le ciel antérieur où fleurit la beauté" de Mallarmé.

Plus encore, selon Keith, ces "cadeaux du ciel" sont animées d'une vie propre, d'une certaine autonomie. Je cite car je me souviens très précisément des termes :

A bien des égards, elles [les chansons] sont comme des enfants. Elles grandissent et vous disent "je veux ceci", puis "maintenant, je veux aller là".


J'ai souvent eu l'étrange sensation devant une oeuvre d'art que tout tombe si idéalement en place que la perfection en paraît surhumaine. Cela peut être la beauté de la mélodie, l'alliance de mots imparable où la composition et la palette d'un tableau.

A mon petit niveau de création, il m'est arrivé de même qu'un haïku paraisse se composer pratiquement tout seul. Je le retravaillais, essayais diverses variantes et améliorations avant de revenir finalement au premier jet. Une impression très curieuse et pourtant très gratifiante.

A d'autres occasions, je commençais un haïku avec une idée assez précise de ce que je voulais obtenir, mais le petit tercet "voulait" aller dans une autre direction, et je finissais par obtenir quelque chose de différent, que je conservais finalement avec la curieuse impression d'avoir perdu la direction des opérations au profit d'une évolution qui m'avait échappée.

Se pourrait-il que nos meilleures créations arrivent lorsque nous ne les cherchons pas, et que nous relâchons l'agitation du mental pour ouvrir totalement notre perception et devenir des "antennes" captant la beauté? Et que, poursuivant ce relâchement, nos créations évoluent par elles-même pour se réaliser pleinement en dehors de notre volonté? Un sacré coup pour l'égo de l'artiste créateur!

Ceci paraîtra sans doute un peu "mystique", mais je partage assez la position de Keith Richards. Les plus belles choses nous arrivent comme des cadeaux de la vie, pour peu qu'on soit disposé à les accepter avec simplicité.
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28 juillet 2006 5 28 /07 /juillet /2006 12:06
Hier, je mettais en ligne ce haïku:

un éclair blanc
des nuages étale l'encre -
sumi-e

que je partageais aussi sur haiku-fr. C'est un haïku un peu "expérimental", une tentative plus ou moins consciente pour faire ce pas plus loin dont je parlais il y a quelques jours.

J'ai vu les nuages sombres arriver très rapidement, comme si "on" versait de l'encre dans le ciel, un camaïeu de gris plus ou moins foncés que les éclairs ont ensuite diversement zébrés de lumière. Rapidement, la comparaison avec le sumi-e, cette technique de lavis japonais dont la sobriété me fascine, s'est imposée. Je n'ai pas longtemps hésité à utiliser la métaphore pour rendre compte de la vision que j'avais eue et de ses deux éléments saillants pour moi: le ciel noir et les éclairs. En principe, on n'explique pas un haïku, mais je le fais ici pour partager mon "chemin d'écriture".

Francis a trouvé l'idée intéressante, avec une possible réserve sur l'accord du verbe "étale" avec l'éclair, qui se trouve bien loin dans la phrase. Je reconnais que ma seconde ligne est un peu torturée, et j'ai simplifié comme suit:

un éclair blanc
étale l'encre des nuages -
sumi-e

qui est plus simple et sans doute plus intelligible. Cependant, il existe souvent une raison pour laquelle on s'arrête une première fois sur une formulation qui nous semble satisfaisante.
Ayant donc proposé la nouvelle version sur haiku-fr, je vois Francis revenir vers moi en notant que l'important était sans doute pour moi cette image d'encre, raison pour laquelle je l'ai placé en fin de ligne, ce qui n'est plus le cas de la seconde version. Je précise que je n'avais pas expliqué sur haiku-fr la vision qui a fait naître le haïku. Il semble tout de même que la première version ait bien fait son travail puisque Francis a saisi cela. Et en effet, même si la seconde version "coule" mieux du point de vue de la langue, elle est aussi moins forte parce que l'encre s'y trouve noyée au milieu de la deuxième ligne. L'intervention de Francis a eu le mérite de me ramener vers mon intention initiale qu'on ne devrait jamais perdre de vue. Sans cela, le haïku ne relève plus de l'expérience, il la trahit plus ou moins.

Francis m'a fait cette proposition:

des nuages
un éclair blanc étale l'encre --
sumi-e

C'est une formulation fluide, et qui a le mérite de présenter les éléments dans l'ordre de ma perception: les nuages, puis les éclairs. En outre, on passe de la Nature (les nuages, l'éclair) à l'humain (l'encre, le sumi-e). Une très intéressante proposition, très structurée, caractéristique de Francis, par ailleurs amateur d'échecs et de Go. Pour tout dire - et sa modestie dut-elle en souffrir- cette structuration parfaite des plans (visuels,  philosophiques) me fait penser à Buson.

Quelque chose me dérange encore un peu, je ne sais pas quoi. Je vais donc laisser reposer un peu "la pâte" et y revenir un peu plus tard. Merci à Francis de son aide, avec un petit clin d'oeil car je sais qu'il me lit. J'espère que cela ne te gêne pas que je parle de toi ici, mais je veux illustrer par là l'importance de l'échange entre les haïjins.

Il peut arriver que l'on ressente l'impression de plafonner (c'est actuellement mon cas) ou pire, d'être dans une impasse. L'échange riche, franc et amical que l'on peut avoir avec d'autres passionnés est alors le plus puissant des remèdes.
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23 juillet 2006 7 23 /07 /juillet /2006 08:57

Il m'est arrivé ici et d'exprimer mon insatisfaction vis à vis de ce que j'écris. Depuis quelque temps, l'insatisfaction en question revient et monte tout doucement, mais pas pour les mêmes raisons que dans les deux billets précédents.

J'ai commencé ce blog en me lançant un petit défi personnel: la mise à jour quotidienne. Cela n'a pas toujours été facile, et au début je ne me sentais pas à l'aise si je n'avais pas deux ou trois jours de haïkus ou d'articles divers d'avance.

Petit à petit, je me suis décontracté. A force d'écrire que le haïku était pure expérience et nécessitait une sorte de détente du mental pour accueillir la beauté présente dans des événements minuscules, j'ai fini par y croire  

Par ailleurs, ma conception personnelle du haïku s'affine progressivement. Ainsi, j'ai pris quelques distances -entre autres- avec l'impératif du 5-7-5 (j'aurai l'occasion d'y revenir).

Il m'arrive donc maintenant fréquemment de ne pas avoir la moindre idée du sujet de l'article du jour en me levant le matin. Je crois que j'aime bien le côté "sans filet" de cette approche. Cela ancre le haïku dans la vie même et me conduit à garder l'oeil grand ouvert, deux choses qui me paraissent importantes.

Alors que se passe-t-il? Eh bien j'ai l'impression de stagner. Lorsque je lis les haïkus des Maîtres, je suis souvent stupéfait de voir ce que l'on peut faire tenir dans un poème si court. Il y a là quelque chose de presque magique. Il est sans doute un peu exagéré de vouloir, après quelques années de pratique, atteindre un tel niveau, mais j'ai envie de franchir une étape dans mon écriture. J'ai le sentiment de tourner un peu en rond.

Serge Tomé, avec lequel j'en discutais par email, me dit que c'est normal et me conseille de travailler sur le regard et d'étudier la composition en peinture (orientale, mais pas uniquement). Les conseils de Serge sont toujours judicieux, et il n'en est jamais avare. Je ne reproduirai pas ici son email, mais je le décortique encore à l'heure actuelle tant il est riche d'enseignements et de directions à prendre.


Je sens bien que je vais devoir progresser dans deux directions:

- la fraîcheur et la disponibilité du regard, bien que j'aie déjà avancé dans ce domaine
- la technique pure. Pour cela, lire et relire les Maîtres et aussi des ouvrages analysant la poésie japonaise et chinoise. Ensuite ... tout oublier, c'est à dire intégrer tout cela de manière si fluide que je n'aurai plus à y penser. Je me méfie en effet des procédés mal digérés tels qu'en regorge le Petit  Manuel pour écrire des haïkus, de Philippe Costa. Non que ce soit un mauvais ouvrage, loin de là, mais je crois qu'il faut plus que des recettes de cuisine pour écrire des haïkus.

Car la poésie est création, et non fabrication.
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7 juillet 2006 5 07 /07 /juillet /2006 10:03
Lorsqu'on découvre le haïku en s'inscrivant sur des listes de diffusion telles que haiku-fr, on est souvent frappé par ces petits L1, L2, L3 dont sont truffés les messages des intervenants. Cela désigne tout simplement les trois lignes du haïku, ou plutôt les trois "temps".

En effet, la disposition sur trois lignes est purement conventionnelle et très occidentale. Il est fréquent de tout inscrire sur une seule ligne en Japonais, et on pourrait faire de même ou bousculer autrement cette convention. Il y a deux jours, je me suis ainsi essayé à un senryû sur quatre lignes parce qu'il me semblait que cela servait le sujet :

de son épaule nue
la bretelle de la robe
   glisse
        complice

Les trois lignes du haïku ont cependant chacune leur fonction propre, qui diffère selon les écoles et les poètes.

Un exemple simple et très visuel, voire cinématographique:

L1: plan large
L2: plan moyen
L3: plan rapproché

Ainsi dans ce haïku de Buson:

la rivière d'été
passée à gué, quel bonheur
les savates à la main

le regard du lecteur est guidé vers le détail final qui rend l'évocation très forte.

Bien sûr, il ne s'agit pas là d'une règle absolue, et il est possible au contraire de partir d'un détail et d'élargir la vision comme ici Ryôkan:

ramassant du bois
puis traversant le pont
dans la brume du soir

tout dépend de l'effet souhaité par le poète.

Je ne cache pas que je ne maîtrise pas encore toutes ces subtilités.  Sur la liste haiku-fr, Francis insiste souvent sur l'impact du dernier mot de la dernière ligne (L3 donc).  La chose la plus importante devrait donc terminer le haïku. Cela se défend, mais comme la grande force du haïku est par ailleurs de suggérer, on pourrait aussi se dire qu'il est préférable au contraire d'atténuer quelque peu le temps fort en le "dissimulant" dans le corps du haïku plutôt qu'en en faisant le point d'orgue. Je n'ai pas encore de position claire sur ce sujet, mais voici une petite expérience sur un haïku récent:

inlassablement
les moineaux dans les mûriers
chantent en canon

si je change ceci en:

chantant en canon
les moineaux dans les mûriers
inlassablement

Il y a en effet une différence dans ce qui "reste" après la lecture.

Qu'en pensez-vous? Quelle version préférez-vous et pourquoi?
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11 juin 2006 7 11 /06 /juin /2006 05:47
Dans le prolongement du billet d'hier (mine de rien, cette histoire de "petit poème à la con" m'a fait réagir et réfléchir), je vais enfin répondre à la question que m'a posée un jour Christine: pourquoi j'écris des haïkus et que cela peut-il bien m'apporter?

Comme beaucoup d'ados, je me suis cru poète aux premiers coups de coeur. Il faut dire que, grand romantique, j'avais tendance à tomber amoureux régulièrement de la fille qu'il ne fallait pas, d'où grands élans lamartiniens et, très vite, baudelairiens ou nervaliens.

J'ai reçu le don d'une plume relativement facile, la page blanche ne m'a jamais fait peur. Cela n'est pas forcément un atout pour la poésie. Au fur et à mesure de mes essais, qui se sont prolongés assez longtemps, j'ai rapidement ressenti une frustration que j'ai mis un moment à cerner. En réalité, j'avais bel et bien des "éclairs de poésie" dans ce que j'écrivais, mais je sentais bien qu'il étaient extrêmement brefs. Entre ces moments vrais, je me sentais obligé de composer péniblement une sauce assez indigeste et pour tout dire prosaïque. Le poème achevé retombait donc comme un soufflé refroidi. J'ai essayé diverses formes d'écriture: vers libres, octosyllabes rimées (j'avais même un dictionnaire de rimes) sans évidemment résoudre par un changement de forme ce qui était à l'évidence un problème de fond.

Ainsi, il y a vingt ans, j'écrivais spontanément:

nous nous sommes aimés en silence
conservant l'épée des paroles
pour les jours de colère

J'ai tenté de bâtir autour de cet élan, lié à mon vécu et donc authentique, un poème beaucoup plus long ... qui est à jeter (ne comptez pas sur moi pour le reproduire ici). Je me croyais obligé d'en rajouter et bien sûr, ce que j'ajoutais à cet éclair poétique n'était que de la prose, une invention laborieuse qui jurait abominablement avec le reste. J'étais prisonnier du modèle poétique occidental, qui veut absolument "dire quelque chose", "transmettre un message"  et est bâti en quatrains, tercets, sonnets d'une longueur minimum.

Frustré par le résultat, j'ai balancé mon dictionnaire de rimes et me suis résigné: la poésie n'était pas pour moi.

Jugez donc de mon soulagement lorsque j'ai découvert (ou plutôt re-découvert) le haïku dans l'excellent livre Les plus beaux contes zen, suivis de l'art des haïkus, de Henri Brunel!
Enfin, une poésie qui ne se sentait pas obligée de démontrer quoique ce soit, n'y d'en rajouter, de "tirer à la ligne"  pour rallonger artificiellement (et donc détruire!) l'authenticité de l'élan poétique initial. Une démystification salutaire.

La concision du haïku m'émerveilla immédiatement, et je fis d'emblée mes premiers essais. Je me sentais revivre (poétiquement s'entend!) Un sentiment de libération.

La suite, vous l'avez sous les yeux avec Manteau d'étoiles. Ecrire des haïkus me procure une sensation de plénitude. Je vis plus pleinement l'instant présent, chacun d'eux étant observé d'un oeil plus ouvert, plus attentif à la beauté ou à l'humour susceptible de s'en dégager. En un mot, je vis plus qu'avant, je sur-vis.

A cet égard, il n'est pas étonnant que les enfants excellent dans le haïku. C'est aussi l'une des raisons du mépris dans lequel certains tiennent cette forme poétique. Pensez: un gosse en fait autant!

Précisément: le haïku demande que l'on garde un peu son âme d'enfant. L'absence de jugement devant ce que l'on voit, l'absence de désir de paraître ou d'en faire trop. L'innocence et l'authenticité. Les haïkus d'enfants ne trichent pas: ils transmettent la vérité de l'instant. Et c'est pourquoi ils sont étonnants de fraîcheur et font mouche à tous les coups.

 Lorsque mon fils joue, il est tout entier dans son jeu. En réalité, il ne joue pas au sens légèrement méprisant où l'entendent généralement les adultes. Il s'approprie le monde, son monde, et le crée ou le recrée à chaque instant, et c'est très sérieux pour lui. Et "créer" se dit en grec poein, racine de poème, poésie, poète. Tiens?
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10 juin 2006 6 10 /06 /juin /2006 20:46
Bien, soyons sérieux et revenons un peu sur le billet d'hier.

La conception occidentale de la poésie en fait une chose un peu hors de portée du commun des mortels. Il s'agit soit de respecter une versification rigoureuse, soit d'être visité par les Muses, soit d'être la proie d'une exaltation qui fait du poète un être à part, vaguement inadapté  à la vie réelle, tel l'albatros de notre Baudelaire. Je ne parle même pas de la poésie hermétique de Mallarmé et autres, ni de la poésie moderne, parfois un peu difficile à suivre.

Face à cela, nos dix-sept syllabes peuvent en effet passer pour "un petit poème à la con". Face aux sonnets, balades et autres immenses pièces de vers ou de prose que nous avons étudiées enfants, que pèsent les haïkus, si ténus qu'ils dérangent à peine le silence?

Tout simplement le poids de ce qu'ils ne disent pas, mais suggèrent.

Le haïku est issu d'une culture et d'une tradition entièrement différentes des nôtres. L'implicite, le non-dit est bien plus important que ce que l'on dit. On cite souvent en exemple les célèbres vers de Paul Verlaine:

les sanglots longs
des violons de l'automne

Jusque-là, tout va presque bien: évocation de la nature, mot de saison. Je dis "presque" à cause de la métaphore. Et puis vient la suite:

blessent mon coeur d'une langeur monotone.

Patatras. Tout est dit. La perspective ouverte se referme. On n'imaginera plus rien, on partagera les états d'âmes du poète, si explicitement exprimés. Nous n'avons pas le choix. Attention, ce n'est pas une critique, du reste j'adore Verlaine, il s'agit juste de faire comprendre par cet exemple si souvent repris que le haïku, ce n'est pas juste trois lignes parlant de nature.

Laissons parler Henri Brunel dans Sages ou fou les haïkus?

Les mots du poème cueillent un instant fugace de notre vie, ils saisissent la réalité la plus banale, la plus quotidienne, et presque, nous la jettent au visage. Ils ont pour mission de nous obliger à regarder la réalité autrement, à la découvrir jaillisante et neuve, à la voir.  Ensuite les mots du poème s'évanouissent pour ne pas retenir indûment l'attention, ne pas faire écran. Rude métier.


J'ai souligné ce qui me paraissait important. Je n'ai pas grand chose à ajouter à cette analyse. Lisez-là et relisez-là, tout est là. Puis, relisez les haïkus d'Issa et revenez me dire si vous pensez qu'il s'agit de petits poèmes à la con.
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7 mai 2006 7 07 /05 /mai /2006 20:58
Je parlais ici de l'écriture du haïku vu sous l'angle purement poétique. Je présume que certains d'entre vous doivent s'y intéresser du point de vue technique, d'où cette suite.

J'ai abordé les choses dans cet ordre car je suis persuadé que l'esprit doit précéder la lettre, le fond doit précéder la forme. Toutefois, il est inévitable d'aborder l'aspect technique quand on veut écrire des haïkus.

Pour rester simple, le haïku est un poème court, en principe de dix-sept syllabes réparties classiquement en trois lignes de cinq, sept puis cinq syllabes. Je dis "classiquement" car les Japonais l'écrivent fréquemment en une seule ligne. Nous l'écrivons sur trois lignes en Occident, ce qui n'est pas innocent et va nous permettre de préciser les choses.

Ces critères purement formels et fort simples suffisent-ils à faire d'un tercet un haïku? La réponse est non, ce serait trop simple. Ajoutons quelques critères:

  • le haïku comporte en général deux idées qui peuvent se renforcer ou au contraire contraster. Ces deux idées introduisent ce qu'on appelle une césure (en japonais kireji), ce qui est particulièrement marqué dans cette langue par l'usage de certains mots tels que le fameux ya, qui marque une exclamation. En français, j'utilise souvent le tiret pour marquer la césure.
     
  • Une seule idée forme donc rarement un haïku. Il s'agit alors de ce que l'on appelle une phrase repliée. A la relecture, le sentiment de platitude et de banalité domine. Un véritable haïku voit les éléments se renforcer de part et d'autre de la césure. Relisez les haïkus d'hier: aucun n'est basé sur une phrase repliée. Il y a toujours deux images se renforçant mutuellement ou en contraste l'une avec l'autre.
     
  • Très souvent, le haïku procède par un effet de zoom sur le petit détail qui a amené son écriture. La première ligne en plan large, la seconde en plan moyen, la troisième sur le détail en question. Cela n'a bien sûr rien d'obligatoire, mais c'est assez souvent le cas.
     
  • De manière plus dramatique, la dernière ligne peut introduire un effet de surprise ou bien éclairer les deux lignes qui précèdent en fournissant la "clé" du haïku. Un exemple:
     
    pour son seul voyage
    il n'a pas beaucoup de temps
    le flocon de neige

    Cet effet est encore plus accusé  lorsque les deux  idées présentes dans le haïku contrastent. Pour cette raison, il ne faut pas en abuser, sans quoi cela tourne au procédé.
     
  • La rime n'est absolument pas nécessaire. Elle est purement occidentale, et le haïku est trop court pour s'en accommoder. A oublier, donc. En revanche, l'allitération ou l'assonance, utilisées avec goût, sont parfaitement admissibles.
     
  • Le  fameux 5-7-5 n'est pas obligatoire, et même les poètes classiques japonais y ont dérogé de temps à autre. Il s'agit néanmoins d'un objectif à garder en tête en guise de "garde-fou" afin d'éviter de trop s'étendre, et aussi pour son beau rythme ternaire. Toutefois, il ne faut jamais "délayer" son poème s'il est plus court ni le rendre obscur ou pire violer la syntaxe s'il est trop long.
     
  • La métaphore: on vous dira souvent qu'elle est proscrite. En fait, ce n'est pas si vrai. Elle doit cependant rester discrète et réellement servir le sujet.
     
  • le mot de saison (kigo): caractéristique du haïku classique, je conseille de respecter cette règle au début. Cela donne un cachet  "haïku" incontestable. Ensuite, comme pour toute règle, on peut commettre des entorses si le sujet l'exige.
     
  • le haïku doit-il être "joli", "poétique"? Soyons clairs: on parle ici de poésie, donc de création (poésie vient du Grec poein: créer). La joliesse, c'est de la décoration. La poésie, c'est de la beauté. Dois-je en dire plus? Pas de tournures alambiquées ou de mots compliqués pour le plaisir. Et si d'aventure le recours à la trivialité sert votre propos, n'hésitez pas. Vous en avez un exemple avec le ciel pissant sur la ville hier. Le haïku est bref: pas de place pour la préciosité, et le haïku n'a pas non plus froid aux yeux.
Voici donc, très rapidement, quelques techniques d'écriture pour vous permettre de faire vos premiers pas dans l'écriture du haïku. J'ai indiqué ici deux excellents ouvrages pour aller plus loin.

J'ajouterai ces deux liens:

A vous de jouer...
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3 mai 2006 3 03 /05 /mai /2006 19:45
Suite à un post élogieux de Jéremiah Burlington, post qui m'a à la fois touché et gêné car j'ai toujours du mal à recevoir les éloges (aïe! Christine va me psychanalyser sur ce coup-là!), je vais faire un petit retour sur l'écriture du haïku.

Par sa brièveté, son économie de moyens et d'effets, par son apparente simplicité, le haïku fait envie. Ce n'est que lorsqu'on tente l'exercice que l'on s'aperçoit que la chose n'est pas si facile.

Toutefois, le haïku n'est pas qu'une question de technique, sans quoi tout le monde en écrirait, ce qui serait d'ailleurs peut-être une voie vers un monde meilleur.

Par ordre d'importance, je dirais qu'il faut:

  1. une disponibilité
  2. un oeil
  3. une voix

La disponibilité:  je parle d'une disponibilité d'esprit. Il faut être prêt à accueillir l'instant haïku. Qu'est-ce que l'instant haïku? C'est celui que l'on vit plus intensément, celui qui, pour des raisons parfois obscures - et dont on se moque, on n'est surtout pas là pour les analyser - vous paraît plus intense, en relief en quelque sorte. C'est celui qu'on a envie de fixer, de partager, de transmettre, celui qui a paru comporter un supplément de vie, et qu'on ne veut pas laisser partir sans lui rendre justice. La conscience, car c'est d'elle qu'il s'agit, ne doit donc pas être brouillée par les soucis, la colère ou tout autre mouvement mental perturbateur, car l'instant haïku est par définition fugace et souvent très subtil. En ce sens, le haïku favorise le lâcher-prise et, quoi qu'on en dise, a des liens difficilement contestables avec le Zen.

Un oeil: le haïku est souvent la poésie des petits détails. C'est souvent le léger décalage entre la réalité observée par tout le monde et le petit plus repéré par le haïjin qui fait la différence et amène l'instant haïku. Poésie du vent, de l'eau et des bestioles diverses, le haïku ne peut exister sans ce regard différent posé sur les situations apparemment les plus banales, mais où l'oeil du haïjin saura voir quelque chose de plus.

Une voix: à ne pas confondre avec une facilité de plume plus ou moins innée, et qui pourrait être plus nuisible qu'autre chose dans le format réduit du haïku. Il me semble que la voix se trouve avec le temps et le travail. Epurer, ne garder que l'essentiel, sans toutefois tomber dans la sécheresse. Il est des haïkus de  douze syllabes qui vous peignent un monde (Marcel, si tu me lis...) La voix finit par émerger des essais, des erreurs, il n'y a pas de recettes pour cela. Certains livres techniques (tel celui de Philippe Costa) peuvent aider, mais la technique d'écriture ne fait pas tout. Sans coeur, sans âme, la plus belle technique ne produira que des tercets morts.

En conclusion, la première des choses à faire est de lire des haïkus, beaucoup de haïkus. Des classiques japonais en 5-7-5 (Bashô, Buson, Issa, Ryôkan ...), des libres (Hosaï, Santoka ...), des francophones (voir la liste de liens que je propose).

Ensuite? essayez, essayez encore et l'envie fera le reste.  Si vous voulez écrire des haïkus, achetez un carnet qui devra vous accompagner partout (sous peine de mésaventure comme celle-ci). Et lancez-vous! Au début, se couler dans le moule du 5-7-5 sera un bon moyen selon moi de vous habituer à ne dire que l'essentiel, à ne pas partir dans les grandes envolées lyriques que nous avons tous appris au lycée et dont le haïku ne s'accommode absolument pas, tout comme des rimes d'ailleurs. Ensuite, vous pourrez tout doucement vous en écarter en toute connaissance de cause.

Bonne chance, et n'hésitez pas à venir poster un haïku dans un commentaire ici. Je serai heureux de vous lire.
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