Albert Camus, Le mythe de Sisyphe
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Toute la journée d'hier, j'ai eu en tête la musique de cette très belle publicité pour le parfum Flowers de Kenzo. On y voit la belle Shu Qi réveillée par une luciole, puis guidée par des myriades d'insectes lumineux dans une promenade nocturne qui l'amène à l'aube devant une mer de coquelicots alors que se profile au loin une ville que l'on devine tentaculaire.
Le tout baigne dans une ambiance rétro et romantique, un peu à la Wong Kar-Wai, avec la superbe musique Introduction (1936) du Shanghai Restoration Project.
Pourquoi cette musique et ces images me trottaient-elles dans la tête? Mystère...
Quant aux lucioles, celles du clip sont rouges, ce qui est tout sauf naturel, les lucioles variant du jaune au vert.
Je me souviens de la seule luciole que j'ai vue dans ma vie. J'étais enfant, je crois que j'avais à peine quatre ans, et mon père m'avait montré un ver luisant trouvé dans le jardin un soir d'été. C'était un femelle (car sans ailes, d'où son nom de ver luisant).
Depuis, la dégradation de l'environnement (pollution lumineuse et pollution tout court) a pratiquement fait disparaître les lucioles de nos contrées. Il semble en rester au Québec et aussi au Japon, puisqu'il s'écrit encore des haïkus à leur sujet ou des récits comme La rivière aux lucioles de Teru Miyamoto, une merveille que je vous recommande.
Tan Taïgi écrivait:
oh! une luciole
je voulais crier : "Regarde!"
mais j'étais seul
Je me désole pour ma part de ne pouvoir qu'écrire :
je voudrais crier
regarde! une luciole!
mais la nuit est noire
Dans ma série sur l'orage il y a deux jours, Anna, Marcel et Philippe ont unanimement préféré le
dernier.
C'est un haiku assez sombre, en accord avec le temps gris, humide et frais qui sévit également aujourd'hui. Curieusement, ce temps m'avait rappelé cette strophe de Henry Longfellow:
(Longfellow, A Psalm of Life, in Voices of the Night)
Cette strophe m'avait frappé lorsque je l'avais entendue pour la première fois au lycée. Charles Baudelaire s'en était
largement inspiré pour un passage d'un poème des Fleurs du Mal:
(Baudelaire, Le Guignon)
La traduction/adaptation de Baudelaire m'avait parue assez lourde, mais l'original m'était tombé dans l'oreille et n'en était jamais ressorti. Curieusement, le poème de Longfellow est assez
optimiste, c'est la réponse d'un jeune homme plein d'espoir à un vieux psalmiste désabusé et fatigué de la vie. Mais la strophe extraite par Baudelaire, isolée de son contexte, est glaçante.
Sans doute est-ce ce temps maussade et déprimant, après une semaine de plein été, qui me l'a remise en mémoire et inspiré du même coup le haiku qui a frappé mes trois amis.
C'était le dernier jour pour visiter l'exposition que le musée Guimet consacrait au grand
maître Katsushika Hokusaï.L’attente est pareille à des ailes. Plus les ailes sont fortes, plus le vol est long.
Djalal Al-dîn Rûmi