Au quotidien ...

fin de week-end -
la nuit tombe
la conversation aussi

Je viens d'apprendre le suicide d'une de mes connaissances. Ce n'était pas à proprement parler un ami, mais quelqu'un que je connaissais et appréciais.  Il arrive parfois qu'on côtoie ainsi des gens avec lesquels on a ce que j'appellerais un "amitié implicite". Inutile de l'expliciter, chacun sait à quoi s'en tenir, chacun sent la complicité, instinctivement.

Je le croisais souvent et c'était un type enthousiaste, passionné et souriant. Juste avant mon départ en congés, nous nous étions croisés une fois de plus et souhaité joyeusement de bonnes vacances. C'est la dernière fois que je l'ai vu.

Toute la journée, je n'ai pu m'empêcher de repenser à ce dernier échange. J'ai encore devant les yeux son visage souriant, avec ses lunettes, sa barbiche et cette éternelle mine de gamin espiègle.

Que peut-il se passer dans la tête de quelqu'un qui décide de quitter volontairement ce monde flottant? On ne le saura sans doute jamais. On pourrait spéculer - et c'est déjà le cas- sur les raisons de son suicide: professionnelles, personnelles, sans doute un mélange des deux. On ne saura jamais quel a été le déclencheur final du geste funeste.

Curieusement, alors que je ne savais encore rien, j'ai vu hier un papillon blanc sur lequel j'ai écrit un haïku. Or, les papillons représentent pour les Japonais les âmes des morts, surtout les blancs (couleur de deuil en Orient).

Ce soir, j'en ai aperçu un second. Je ne peux m'empêcher de penser qu'il s'agit peut-être de l'âme de cet ami venu me sourire une dernière fois. Puisses-tu avoir trouvé la paix, François, où que tu sois à présent.

sous la pluie battante
un petit papillon blanc
a perdu son ombre
les poches pleines
de feuilles et de petits cailloux -
cadeaux de mon fils
Ca y est, j'ai fini mes portes.

Bien sûr, il reste sans doute quelques retouches, et je garde les fonds de pot à portée de la main, mais l'essentiel est fait, enfin.

Pour la dernière fois, j'ai ouvert le pot de peinture jaune au couvercle cabossé à force d'avoir été refermé à coup de tournevis. C'est peut-être pour ça que j'ai maintenant un pot à musique.

coup de tournevis -
le pot de peinture s'ouvre
dans un bruit de gong

Un petit clin d'oeil au passage à mes amis de l'Association française de haïku, dont la revue s'appelle justement Gong!
au pli de l'aine
embrasser un grain de beauté
encore inconnu

de ma main en coupe
caressant son sein
je caresse aussi son cœur
Je parlais des lucioles l'autre jour. La régression dramatique des populations de ces insectes est en grande partie due à la pollution lumineuse, c'est à dire à un éclairage urbain mal géré qui fait que, bientôt, nos enfants ne sauront plus ce qu'est la nuit. Ayant pratiqué un peu l'astronomie en amateur, j'en aiu bien senti les effets, car les étoiles sont évidemment les premières à faire les frais de l'éclairage urbain. Lorsque les nuages sont bas, comme cette nuit, l'éclairage à l'acétylène se reflète dans la couverture nuageuse, ce qui crée un halo orangé proprement hideux. Pour donner une idée, il faut descendre jusqu'au Morvan pour échapper à la pollution lumineuse de la région parisienne!

Autant dire qu'il faut aller loin pour dormir encore sous un manteau d'étoiles ...

nuit artificielle -
l'éclairage urbain a tué
toutes les étoiles

Il ne me reste plus qu'une porte à peindre. J'aurais donc bientôt à nouveau le temps de répondre aux commentaires que vous m'avez laissés depuis quinze jours. Merci de votre fidélité et de votre patience!

Je suis un peu laconique ces temps-ci. Un haïku par jour et c'est tout. Je mets un peu de temps à répondre à vos commentaires et je m'en excuse. Tout va bien, je suis juste en pleine peinture. J'ai neuf portes à peindre, et comme je suis un piètre bricoleur, cela me prend pas mal de mon temps. Ponçage, nettoyage, sous-couche, peinture, j'ai un peu l'impression de faire ça à la chaîne et les jours se ressemblent un peu!

tant de portes à peindre
tous les jours se ressemblent
seule la couleur change

la ponceuse arrêtée
deux corneilles continuent
de croasser

peignant une porte
tiens, un moucheron
oups, mauve!
du vent plein les poches
sans regrets je pars enfin
vous visiter, nuages!
Pas en forme aujourd'hui. Un mal de tête tenace depuis ce matin. J'ai bien essayé de faire la sieste, mais ...

sieste -
par mon propre ronflement
réveillé

J'ai eu ensuite l'idée saugrenue de terminer par un smiley :

sieste -
par mon propre ronflement
réveillé
:-(

Poussant ensuite la logique jusqu'au bout, j'ai écrit :

sieste |-I
par mon propre ronflement |^o
réveillé #:-(

(avec une coiffure pétard, j'ai vraiment des idées étranges aujourd'hui. Voir ici la liste de ces bons vieux smileys en caractères ASCII.)

Enfin, pourquoi ne pas tenter la version totalement graphique, pendant des idéogrammes de nos Maîtres japonais:

|-I
|^o
#:-(

Pas très explicite, sans doute. Expérimental, sûrement. Amusant, à vous d'en juger!

Manteau d'étoiles



Bienvenue sur le blog haïku de Richard (alias Yamasemi), principalement consacré au haïku et au senryû, un style de poème court venu du Japon.

Découvrez mon itinéraire dans l'écriture, une présentation des Maîtres du haïku et mes propres haïkus et senryûs au fil des jours. Vous trouverez plus d'informations sur ce blog dans la page d'aide.

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