Choses à (a)voir

Liens malins

VNBjeparticipe01E


Changez pour Firefox!

BlogueParade.com - Annuaire des Blogues francophones

Référencé par MesBlogs.com

Guide Web - annuaire gratuit

présent sur bonWeb.com

Wikio - Top des blogs - Litterature

Ajouter à Mon Yahoo!

Référencement blog


Référencé par Blogtrafic


Boosterblog

Obtenez des aperçus gratuits à partir de Snap.com

Blog déposé sur Copyright-France.com

Devoticons

Pour faire un lien sur mon blog, choisissez une image!
 

Manteau d'étoiles, l'haïku-blog de Richard

Manteau d'étoiles, l'haïku-blog de Richard

Manteau d'étoiles, l'haïku-blog de Richard

Manteau d'étoiles, l'haïku-blog de Richard

Recherche

Texte Libre

Ce blog est né d'un haïku. Le voici ...

couché sur l'herbe
dans mon manteau d'étoiles
j'ai dormi

A tout moment, vous pouvez revenir à la page d'accueil en cliquant sur la bannière ou sur l'image de droite. Si vous êtes perdus, vous trouverez aussi de l'aide ici. Bonne visite!

Archives

Manteau d'étoiles



Bienvenue sur le blog haïku de Richard (alias Yamasemi), principalement consacré au haïku et au senryû, un style de poème court venu du Japon.

Découvrez mon itinéraire dans l'écriture, une présentation des Maîtres du haïku et mes propres haïkus et senryûs au fil des jours. Vous trouverez plus d'informations sur ce blog dans la page d'aide.

Vous pouvez si vous le désirez réagir sur chaque article en utilisant le lien "Ajouter un commentaire" et, si vous avez apprécié votre visite, vous pouvez aussi recommander ce blog.
24 août 2006 4 24 /08 /août /2006 06:00
Voici venir une poétesse exceptionnelle, un des talents les plus authentiques et les plus purs du haïku japonais classique.

Chiyo Fukumasuya est née en 1703 à Matto, sur la côte nord de l'île de Honshu (l'île principale du Japon), plus précisément dans la région de Kaga. Son village est sur la route de Kyoto, aussi de nombreux voyageurs font étape dans l'une des nombreuses auberges locales.

Elle connaît une enfance heureuse, dans une ambiance littéraire et artistique puisque sa famille tient une boutique de montage de rouleaux de calligraphie. Chiyo se familiarise rapidement avec "les quatre trésors du lettré" : l'encre, le papier, les pinceaux et la pierre à encre (suzuri). On dit qu'elle composa son premier poème à l'âge de six ans.

A douze ans, son père l'envoie chez le maître de haïku Hansui afin qu'elle y apprenne l'art de la calligraphie et de la composition poétique. Elle se révèle très douée et,  devenue adolescente, sa réputation de poétesse grandit rapidement, d'autant plus que la jeune fille est d'une rare beauté, célèbre dans tout le pays. Dès l'âge de seize ans, elle commence à publier ses oeuvres dans les cercles et revues littéraires. A partir de vingt ans, elle se consacre exclusivement à la voie poétique, dans un style d'une limpidité unique. Son mode de vie simple, proche de la nature et des gens, donne à sa poésie une simplicité lumineuse et une chaleur rare.

A trente ans, c'est le drame: Chiyo perd pratiquement toute sa famille et se retrouve seule à la tête de l'échoppe de rouleaux de papiers. Elle continue cependant de plus belle son activité poétique et commence à se rapprocher des milieux bouddhistes, notamment du courant de la Terre Pure.

Finalement, elle devient à cinquante-deux  ans Chiyo Ni, c'est à dire la nonne Chiyo, prenant pour nom bouddhiste Soen, jardin nu.  Elle explique son ordination non par un rejet du monde, mais par un profond sentiment d'impermanence qui la pousse à retrouver la source pure de toutes choses.

Son statut de bonzesse lui offre paradoxalement plus de liberté que si elle était restée au monde et s'était mariée. Son activité poétique explose littéralement et sa réputation de poétesse, de peintre et de calligraphe grandit encore. Elle offre du reste fréquemment calligraphies et haïgas à ses amis.

Ce n'est pourtant que vers la fin de sa vie qu'elle publie son premier recueil.  Sa santé se détériore à partir de 1770, un an avant la parution d'un second recueil. En 1775, elle s'éteint à l'âge de soixante-douze ans, et le jardin nu le devient pour de bon, ayant perdu sa fleur la plus délicate et la plus parfumée. Nous restent heureusement les pétales de ses vers.

Il ne m'a pas été facile de faire une sélection dans les haïkus de Chiyo Ni, tant sa production est d'une qualité remarquable et constante. Un sens aigu de l'observation, de la composition et l'emploi du mot simple mais juste font de sa poésie une source limpide. Essayez donc de distinguer une goutte d'eau de source d'une autre goutte! C'est frais, cela désaltère, un point c'est tout. Après réflexion, on peut malgré tout mettre en avant ses merveilleuses descriptions de nature:

le parfum du prunier
parfaitement envoûtant
au clair de lune

pluie de printemps
toute chose
embellit

dans les jeunes herbes
les poulains couchés, debout
splendeur

Egalement remarquable, l'expression d'une sensualité féminine délicate mais certaine, et même troublante dans sa franchise:

désir de femme
profondément enraciné
les violettes

au parfum des fleurs
je ne montre que mon dos
changement de robe

jamais éteint
mon coeur de femme
j'aère mes vêtements

(ces deux poèmes ont été écrits au moment du changement rituel de kimono au passage de l'été)

le liseron du soir
la peau d'une femme
au moment où elle se découvre

La poésie de Chiyo Ni est si pure qu'on lui a même prêté des vertus térapeuthiques. On rapporte ainsi que le gouverneur de Kaga avait convié Chiyo Ni parce que le plus beau cerisier de son jardin dépérissait. Devant l'arbre malade, Chiyo Ni composa spontanément:

le printemps reviendra -
sans fleurs tu ne seras plus
que bois de chauffage

Au printemps suivant, personne ne s'étonna de voir le cerisier à nouveau couverts de fleurs ...

Sa poésie devient légèrement plus grave après qu'elle ait pris l'habit de bonzesse, mais gagne encore en profondeur:

du temps passé
me revient le souvenir
les biches au printemps

le son de la cloche du soir
immobilisé dans le ciel
les cerisiers en fleurs

les pissenlits
de temps à autre réveillent
les papillons de leurs rêves

le vent qui passe les disperse
les rassemble
les pluviers

première neige
ce que j'écris s'efface
ce que j'écris s'efface

dormant seule
réveillée par le gel nocturne
pur ravissement
Alors qu'elle allait quitter ce monde, Chiyo Ni écrit encore deux haïkus, le premier de sa main, le second dicté à Suejo, la fidèle amie qui l'accompagnera jusqu'au bout:

l'eau est limpide et fraîche
les lucioles s'éteignent
rien d'autre

j'aurai vu la lune aussi
à ce monde
adieu

Partager cet article

Repost0

commentaires

lory 20/10/2006 06:06

Un très bel article, j'aime beaucoup lire ces poésies

Richard 20/10/2006 12:07

Bonjour et bienvenue sur Manteau d'étoiles.Merci votre visite et à bientôt.Amicalement,Richard

HélÚne Leclerc 29/08/2006 22:37

Quelle merveille que cette Chiyo Ni!Merci de nous la faire découvrir, c'est tellement rare que les femmes japonaises sont citées...c'est vraiment un beau cadeau. Merci mille fois!

amicalement,
Hélène

Richard 30/08/2006 11:47

Bonjour Hélène,c'est en effet bien trop rare, et pourtant les poétesses de talent ne manquent pas, et cela ne date pas d'hier (princesse Shikishi, impératrice douairière Eifuku au 13è siècle).  Plus près de nous, Hashimoto Takako et Sugita Hisajo et bien d'autres encore ...Les francophones ne sont pas gâtés, car les éditeurs s'aventurent rarement hors des grands classiques (Bashô, Buson, Issa, Ryokân) et il est difficile de se procurer d'autres auteurs. Les anglophones ont plus de chance, je crois qu'il existent une anthologie de poétesses japonaises. Hélas, lire de l'anglais traduit du japonais n'est pas aussi aisé ni agréable que de lire une bonne traduction japonais-français. J'aimerais réellement que les éditeurs se "lachent" un peu plus!

soun 26/08/2006 09:39



"Difficile à fondre, cette neige entassée
je soulève le rideau, sourcils foncés
Le prunier dans la cour a pitié de moi
il offre déjà le printemps sur le bout de ses branches

Le parfum frais et la beauté glaciale me plaisent
Qui connaît ce charme naturel?
Quand le prunier blanc se fane
Le doux soleil arrive
Les multiples fleurs éclosent au printemps."

-Dame de cour Hou, poétesse de la dynastie des Sui (581 - 618 )

Richard 30/08/2006 11:50

Sounya,merci pour le cadeau de ce splendide poème. Pour moi, il montre à quel point le haïku est profondément enraciné dans la poésie classique chinoise. Cette pièce est un véritable bijou scintillant de mille feux, à lire et relire. Chaque lecture fait naître des émotions différentes. Vraiment superbe.Amicalement,Richard

Yves Brillon 24/08/2006 16:54

Bonsoir Richard,
Un gros merci de m'avoir fait connaître Chiyo Ni et ses magnifiques haïkus. Parfois il me semble que les maîtres se permettaient des licences (métaphores, emploi du je, en autres) que l'on s'interdit maintenant. Ton site est pour moi une source merveilleuse d'informations et de documentation.
Merci pour tout et amitiés,
Yves

Richard 25/08/2006 22:19

Bonsoir Yves,
merci à toi de ta visite. Je crois que les Maîtres préféraient écrire que théoriser. Transcrire ce qui sortait du fond de leur coeur devait plus les préoccuper que le respect des règles! En outre, pour des maîtres Zen tels que Chiyo Ni ou Santoka, "je" et l'Univers, cela ne fait pas de différence ...
Amitiés,Richard