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Manteau d'étoiles, l'haïku-blog de Richard

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Ce blog est né d'un haïku. Le voici ...

couché sur l'herbe
dans mon manteau d'étoiles
j'ai dormi

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Manteau d'étoiles



Bienvenue sur le blog haïku de Richard (alias Yamasemi), principalement consacré au haïku et au senryû, un style de poème court venu du Japon.

Découvrez mon itinéraire dans l'écriture, une présentation des Maîtres du haïku et mes propres haïkus et senryûs au fil des jours. Vous trouverez plus d'informations sur ce blog dans la page d'aide.

Vous pouvez si vous le désirez réagir sur chaque article en utilisant le lien "Ajouter un commentaire" et, si vous avez apprécié votre visite, vous pouvez aussi recommander ce blog.
16 juillet 2008 3 16 /07 /juillet /2008 13:41
Dimanche,  je suis retourné voir ma mère.

Il m'a fallu trois jours pour digérer cette visite et écrire ce billet. J'avertis mes lecteurs que les senryûs qui accompagnent ce récit pourront mettre mal à l'aise. Ils sont le reflet de ce que j'ai vu, ni plus ni moins, et de mon propre malaise.

Contrairement à la semaine dernière, le temps était plutôt maussade. Pas question dans ces conditions d'une promenade dans le parc.

J'ai trouvé tout de suite ma mère dans la salle commune du rez-de-chaussée.  Cela m'a fait un choc. D'ordinaire, ma mère est chez elle, et même si elle a perdu une grande partie de ses facultés, elle est dans un décor familier, elle reste quoi qu'il arrive la maîtresse de maison. Rien de semblable ici. Dans son fauteuil roulant, les yeux dans le vague et tripotant de manière convulsive son corsage, elle n'était plus qu'une patiente parmi d'autres.

salle commune
tous ces vieillards anonymes
parmi eux ma mère

Je suis allé m'asseoir à côté d'elle. C'était une expérience peu plaisante. Les personnes qui  m'entouraient étaient plus ou moins en possession de leurs moyens. Il n'y avait pratiquement que des femmes, ce qui confirme leur espérance de vie supérieure à la nôtre. Il n'y avait qu'un homme, encore capable de marcher. Légèrement voûté, un sourire de gamin expiègle aux lèvres, il était assis sur une chaise, les mains jointes comme s'il ne savait quoi en faire. Lui au moins avait l'air heureux de son sort, au point de nous offrir le seul sourire de l'après-midi.

seuil du réfectoire -
il entame un pas de danse
avec l'infirmière

Les autres patientes étaient en majorité clouées à leur fauteuil roulant, certaines pouvant se déplacer, d'autres non.

Maman me serrait la main à la briser, elle m'avait reconnu bien sûr. Je lui ai raconté les dernières nouvelles de la famille. Autour de nous, certaines patientes nous fixaient avec une insistance gênante. Il y avait un peu de tout, ce qui rendait l'ambiance assez pesante.

souriant aux anges -
sous le fauteuil roulant
une flaque

De temps en temps, un souvenir d'un passé éloigné remontait à la surface

maison de retraite -
elle s'éveille et entame
une vieille romance

Un peu plus loin, une dispute éclata entre deux dames qui conversaient jusque là tranquillement.

maison de retraite -
deux petites vieilles s'engueulent
en se vouvoyant

Deux aides-soignantes réalisant mon malaise vinrent gentiment discuter avec moi. Elles s'occupent régulièrement de Maman et me rassurèrent sur son état.  Elles ont une grande habitude de la maladie d'Alzheimer et du désarroi des familles. Leurs paroles me réconfortèrent.

Regardant autour de moi, je réalisai qu'à bien des égards, une maison de retraite ressemble à une crèche. Dans les deux cas, on y prend soin de personnes dépendantes demandant avant tout de l'amour. Du reste, lorsque je demande des nouvelles de Maman à Papa,  il emploie pratiquement les mêmes mots que moi pour parler de mes enfants. Malheureusement, l'évolution des uns et des autres ne se fait pas dans la même direction ...

maison de retraite -
au mur les photos du dernier goûter
comme à la crèche

Maman ne communiquait pratiquement plus que par la pression de sa main sur la mienne. Et je me surpris à une étonnante inversion des rôles.

pour réconforter
ma vieille mère malade
- des gestes de père

Vieille. Un mot que je n'aurais jamais pensé associer un jour à ma mère tant elle était demeurée jeune d'esprit et fonceuse avant le déclenchement de cette satanée maladie. Un mot et une réalité que je dois à présent accepter. La maladie évolue, impitoyablement.  La différence avec l'an dernier, lorsque mon père avait pris du repos pour la première fois, est flagrante. Il y  a un an, j'écrivais :

chambre 509
son nom sur la porte
Maman

chambre 509
elle y dort paisiblement
Maman

chambre 509
dans sa tasse de thé
les reflets du passé

Pourrait-elle encore cette année boire seule une tasse de ce thé qu'elle aime tant?

Et puis vint l'heure du dîner, et je dûs prendre congé. J'étreignis ma mère, qui me le rendit bien, et je dûs partir, le coeur lourd.

crépuscule -
sa peau sent toujours les fleurs
Maman

En rentrant, je passai non loin de la rivière de mon enfance, une rivière qui coule au pied de l'hôpital où Maman avait été traitée pour une embolie pulmonaire.

la brume sur la rivière
y retrouverai-je
la raison de ma mère?

En dépit de la gentillesse et de la compétence indéniables du personnel de cette maison de retraite, je mesure à quel point cette fin de vie n'est déjà plus tout à fait la vie. Je rentrai chez moi un peu déphasé. Je retrouvai ma femme et mes enfants si pleins de vie, et j'eus le sensation de m'éveiller d'un mauvais rêve.

Je le répète : je ne souhaiterais pas cette maladie à mon pire ennemi.

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commentaires

gilles brulet 08/08/2008 15:23

Richard,

La force de la lumière du haïku qui est entrée en toi ce jour-là est ressortie indemne.
Donc pierre précieuse aussi pour le lecteur.
Tu as réussi le très rare et pur tercet (qui vient toujours du coeur pour agrandir celui du lecteur)en lui restituant toute sa pureté originelle. Pour moi c'est exactement cela le haïku. Bravo !
Ta chère mère peut être fière de toi.
Grosse amitié,

Gilles

Yamasemi 10/08/2008 10:33


Gilles,

merci de ce commentaire qui me touche énormément.

Amitiés,


Éric 20/07/2008 23:10

Je retrouve ton blog avec plaisir, si je puis dire. Car, ici, il ne s'agit pas de plaisir. Cela me touche d'autant plus que mes parents se font vieux aussi (mon père sort diminué d'un long séjour à l'hôpital).

Yamasemi 21/07/2008 12:51


Bonjour Eric,

merci de ton passage et de ton commentaire.

Comme je le disais à Nagara, le pire n'est jamais sûr, fort heureusement.
Je souhaite une bonne récupération à ton père. L'expérience montre que bien souvent, l'amour que nous portons à nos parents est le meilleur des remèdes.

Amitiés.


achourit12 18/07/2008 17:50

Richard

la beauté de ton texte associée à ta douleur me laisse comme Thierry
silencieux .

Si tu ne l'as déjà fait, lis donc "la présence pure" de Christian Bobin,
tu y trouveras d'autres forces.


Phil

Yamasemi 19/07/2008 10:14


Merci Philippe.

Je vais me procurer ce livre. Je viens d 'en lire quelques extraits sur divers sites.

Amitiés,


Nagara 18/07/2008 12:21

... que dire? Cet article est d'une justesse et d'une retenue admirables. Mes parents vieillissent, ils sont toujours en forme mais j'appréhende déja les jours où les choses commenceront à se compliquer. Cela m'inquiète beaucoup. Merci à vous.

Yamasemi 18/07/2008 17:15


Merci à vous de votre passage. Je sais que je décris une réalité déprimante, mais ne vous en faites pas trop à l'avance, le pire n'est jamais sûr. Heureusement!

Amicalement,


ClaudieShatha 17/07/2008 22:33

bonsoir, cette maladie est tres perturbante et je reconnais par ces quelques lignes quelquechose que j ai déjà vécu et que je vais revivre probablement. Bon courage.

Yamasemi 17/07/2008 23:21


Bonsoir,
si tu dois le revivre, bon courage également.
Amicalement,