L'Aspégic, c'est pour moi après une seconde nuit consécutive sérieusement écourtée par un réveil à 5h du mat'
Le Dolodent, c'est pour Florian. Une sorte de gel supposé insensibiliser un peu les gencives et soulager les maux des bouts de chou qui font leurs dents. J'ai l'impression que l'efficacité de ce médicament diminue avec sa fréquence d'utilisation. Appliqué une première fois avant le coucher, le gel en question permet à Bébé de dormir jusqu'à 5h du matin, donc. Par contre, réappliqué d'une main endormie le matin, ça ne marche plus tant que ça. Bref, une heure plus tard, quand Christine a enfin réussi à rendormir fiston, c'est moi qui ne pouvais plus dormir. Autant se lever plutôt que de tourner et virer dans le lit.
La sanction pour moi est invariable: manque de sommeil = migraine assurée. Nous devions nous retrouver en famille chez mon beau-frère et ma belle-soeur pour une petite fête donnée pour un ami qui rentre définitivement à la Réunion. Je me suis donc envoyé discrètement le fameux Aspégic avant de partir.
Ca s'est singulièrement raffraîchi: -2° à la campagne! Lorsque nous avons repris la voiture ce soir, un brouillard bien dense nous enveloppait. Nous sommes donc rentrés doucement, avec un Florian enfin profondément endormi dans son siège bébé, emmitoufflé dans son anorak jaune avec sa casquette de mini-pilote. Pourvu que ça dure toute la nuit ...
Le brouillard de ce soir m'en a rappelé un autre, matinal celui-ci, et dans le même coin du Val d'Yerres. J'allais traverser la rivière que bordent deux champs lorsque j'ai remarqué les nuages bas, si bas que la terre et le ciel semblaient se confondre.
moutons et nuages bas
broutent l'herbe
J'expliquerai demain comment ce haïku en est arrivé à cette forme, mais je suis un peu fatigué. Dormir, je voudrais dormir ...
Vous trouverez sur les sites consacrés au haïku de multiples définitions plus ou moins précises, mais celle-ci me parle assez, car c'est ce que j'ai ressenti la première fois que j'ai lu ces petits poèmes.
On vit un moment, une situation. Pour une raison ou pour une autre, ce moment éveille quelque chose qui vous paraît digne d'être conservé et transmis. Ce moment fugace pourrait se perdre à jamais, et avec lui la sensation que vous avez éprouvée.
Pincement au coeur, petite sensation de déchirure, de perte. Vous aimeriez retenir cet instant déjà enfui. Le haïku vous le permet. Moment de paix ou au contraire de trouble intense, situation cocasse, tout est possible. C'est ce qu'il y a de merveilleux dans le haïku. Prenez celui-ci:
Dans le vieil étang
une grenouille saute
un "ploc" dans l'eau
C'est probablement l'un des plus fameux haïku d'un Maître dont on aura l'occasion de reparler: Bashô (1644-1695). Depuis le 17è siècle, cette grenouille anonyme n'arrête pas de sauter dans l'eau. C'est ça, le haïku.
A mon tour, humblement, de tenter de suivre les traces des Maîtres:
elle se glisse chez moi
la feuille d'érable
La route est longue, mais je suis un bon marcheur ...






