Vu, lu, entendu

J'ai lu ce matin dans la préface des 99 haïkus de Ryôkan chez Verdier cette définition des sept caractéristiques de l'art Zen selon Shinichi Hisamatsu :

"Pas de règle, pas de complexité, pas de discrimination, pas d'intellectualisation, pas de fond, pas de contrainte, pas d'agitation."

(dans Le Zen et les beaux-arts)

Voilà qui relativise toutes les discussions que l'on peut avoir sur ce qu'est ou n'est pas le haïku, si tant est que l'on admette qu'il s'agit d'un art Zen, mais c'est une autre histoire.

Personnellement, je trouve que les propos de Hisamatsu s'appliquent parfaitement au haïku. A méditer ...
 

Florian sort d'une période difficile due à une nouvelle poussée dentaire. Tout ce qui coupe ou tranche est sorti sans trop de problème (incisives, canines), mais pour ce qui broie (molaires), il en va tout autrement. Le bout de chou a dégusté pendant deux bonnes semaines, perdant l'appétit et sa belle humeur habituelle.

Pendant cette période, l'un des rares choses qui parvenait à le calmer était la musique, plus particulièrement La flûte enchantée de Mozart. Il suffisait de lui siffler l'air de la Reine de la Nuit pour qu'il cesse de pleurer et se mette à sourire.

A treize mois et demi, le bout de chou possède déjà deux versions du génial Singspiel de Mozart. Il s'agit de deux livres racontant la flûte comme un conte de fées, tout deux illustrés et accompagnés d'un CD d'environ une heure comportant l'ouverture et les principaux airs et choeurs. L'essentiel est là, ce sont surtout les récitatifs en Allemand qui ont fait les frais de l'opération. Mozart n'est donc pas trahi, loin de là!

La flûte enchantée, par Anne Gatti et Peter Malone, éd. Gautier-Languereau

Le premier livre est destiné aux bouts de chou de 3 à 8 ans. Illustrée par Peter Malone, la version des éditions Gautier-Languereau est très accessible, dans un style clair et avec des images aux couleurs franches bien adaptées aux petits. Le CD vient de chez EMI Classics (s'il vous plait!), avec une version interprétée par l'Orchestre Radio Symphonique de Bavière.




La flûte enchantés, par Jean-Pierre Kerloc'h et Nathalie Novi, éd. Didier Jeunesse
Le second livre, aux éditions Didier Jeunesse, est destiné aux enfants un peu plus âgés (une dizaine d'années). Plus fouillé, avec les illustrations plus oniriques de Nathalie Novi, il est accompagné d'extraits de la Flûte enchantée dans l'interprétation de référence de l'Orchestre Philarmonique de Vienne dirigé par Herbert Von Karajan.

L'histoire contée par Jean-Pierre Kerloc'h est plus détaillée, chaque chapitre renvoie sur le CD à l'extrait musical correspondant. En outre, le texte allemand du livret est présent, avec la traduction française. Du très beau travail!

Même si Florian n'est pas encore en âge d'apprécier le texte, il est déjà sensible à la musique.

Wolfgang Amedeus Mozart, oeuvre intégralle, éd. Brilliant Classics Nous venons juste de nous offrir l'intégrale de Mozart éditée à l'occasion du 250è anniversaire du génial musicien.
Ca et là, des voix se sont élevées contre ce coffret de 170 CD à prix économique, en particulier les maisons de disque qui n'avaient pas eu l'idée avant Brillant Classics, instigateur de ce projet
Quoiqu'il en soit, une écoute de quelques CD au hasard révèle une très bonne qualité artistique comme technique. Florian ne s'y est pas trompé, tout émoustillé à l'écoute de la 40è symphonie ou de la sérénade Haffner! Ce coffret est un objet magique. On peut opter pour une écoute systématique ou prendre un CD au hasard, comme dans une sorte de fabuleux juke-box. Les puristes s'offusqueront sans doute que je puisse ainsi parler de Mozart, mais je ne pense pas que l'on apprécie sa musique si vivante, si en avance sur son époque avec la tête dans les mains et des mines constipées. Il faut l'écouter avec le même air innocent et  ravi que mon fils en ce moment. Après tout, le grand pianiste Arthur Schnabel ne disait-il pas que Mozart est trop simple pour les enfants et trop compliqué pour les adultes?

Encore un mot sur Mozart et la musique pour signaler le monde de Bra, le blog de Bruno, un jeune chef d'orchestre qui parle très bien de son art et bien entendu de l'année Mozart. Un blog très vivant, écrit dans un style alerte et très agréable à lire. Bruno vous invite à contribuer ici en citant vos oeuvres et interprétation préférées de Mozart. N'hésitez pas!
Je viens de recevoir le numéro 10 de Gong, la revue francophone de haïku éditée par l'AFH. Dans l'éditorial, Dominique Chipot se félicite avec raison de ce passage symbolique du chiffre au nombre qui révèle le succès de l'AFH dans la durée et ouvre bien des perspectives.

Gong étant réservé aux membres de l'AFH, il m'est impossible d'en reproduire de larges extraits. On retrouve des haïkus de nombre d'auteurs présents en lien sur ce site et de remarquables articles de fond sur le haïku, le senryû et la manière dont cette forme poétique créée dans une langue si différente, le Japonais, a pu être adaptée au Français.

On y trouve aussi, et c'est toujours un plaisir, des haïkus d'enfants. Les atelier d'écritures organisés par des professeurs des écoles ou des collèges produisent toujours des perles. Le haïku se prête à merveille au regard incisif et à l'expression directe et simple des enfants. Je ne citerai que cette petite merveille de Paloma, une petite fille de CE2 :

allongée sur ma pelouse
j'entends les oiseaux chanter
je fais un aller sans retour

Témoignages de professeurs (bonjour Franck ) et d'élèves démontrent la pertinence de la démarche.

Il y a toujours un supplément avec Gong, en l'occurrence "Le soleil sur la rosée", ouvrage collectif coordonné par Dominique Chipot et illustré par les élèves de l'école Pauline Kergomard d'Arras. André Duhaime y explique l'organisation d'un atelier d'écriture, puis viennent des haïkus d'enfant tous plus frais et justes les uns que les autres. Le haïku comme voie d'éveil et pour lutter contre l'échec scolaire? Pourquoi pas, il ne s'agit pas de "faire beau" avec des mots compliqués, juste de regarder et d'exprimer. Tout le monde peut participer à ce jeu-là. L'échec vient lorsqu'un gamin se sent dévalorisé par le regard des autres, ses maîtres, ses parents, ses copains. De là à se sentir dévalorisé à ses propres yeux, il n'y a qu'un pas, très vite franchi, et c'est le début de la dérive, le pauvre gosse intègre le fait "qu'il est nul" et ne voit plus l'utilité de faire d'efforts. En valorisant d'autres qualités que celles exigées habituellement par l'enseignement, l'atelier haïku peut rendre confiance en eux à des petits déjà un peu échaudés par quelques expériences difficiles et les remettre dans le bain.

Regarder, participer, les maîtres-mots de ce 10è numéro. Et si ce billet vous paraît être de la pub, j'assume. Dominique, Serge et les autres membres de l'AFH fond un travail remarquable, que ce soit la revue ou le site et les diverses activités de l'association. Rendre hommage à leur travail n'est que justice.
Notre amie Neko aime bien les chats, comme son pseudonyme l'indique (neko = chat en Japonais). Elle aime aussi les arbres, ce qui l'amène à composer de magnifiques haïgas (photos-haïkus) comme celui-ci :

Haïga Copyright Claude-Marie Durix. Utilisé avec son aimable autorisation.Le saule est un symbole d'immortalité en Extrême-Orient. Sa vivacité est extraordinaire : il suffit d'en planter un rameau en terre pour qu'il s'enracine et donne un nouveau sujet. Pour cette raison, il est l'arbre de vie des Tibétains.

On attribue également au saule la naissance du ju-jitsu, l'un des plus anciens arts martiaux japonais. Le moine Akiyama avait étudié les techniques de combat chinoise, mais il cherchait sa propre voie. Alors qu'il se promenait dans un jardin en hiver, il nota que les branches des cerisiers craquaient et cassaient sous le poids de la neige. Non loin de là, les branches d'un saule ployaient souplement, se débarassant de leur charge, et revenaient en place intactes. Ce fut la révélation. Akiyama créa ainsi le ju-jitsu, l'art de la souplesse, fondant l'école du coeur de saule.

sagesse du saule
ployant sous la neige -
lâcher prise


Que cette digression sur le saule ne vous empêche surtout pas d'aller jouer avec les facétieux matous de Neko 
Le site québécois Mille Poètes se donne pour but de publier gratuitement les auteurs qui leur soumettent leurs oeuvres en ligne.

Pourvu d'un site et d'un forum très actif, "Mille Poètes travaille de plain-pied dans le troisième millénaire. Nous faisons partie intégrante de cette nouvelle forme de fonctionnement, cette nouvelle forme d'économie, qui nous permet d'accélérer tous les processus, de simplifier toutes les démarches et d'ouvrir toutes les frontières", selon leurs propres termes.

Revue littéraire Haïkaï N°1 - février 2006 Le site a lancé il y a quelques temps le projet d'une revue consacrée au haïku. Ce projet vient d'aboutir avec la sortie du numéro 1 de la revue littéraire Haïkaï.
L'éditeur a lancé un appel à publications sur les principales listes de diffusion de haïkus francophones et sur les sites de l'anneau haïku. On retrouve donc au sommaire de ce premier numéro Damien Gabriels, Neko, Marion Lubréac, Amel Hamdi Smaoui, Patrick Palaquer (P.P. !!!) et bien d'autres, dont ma pomme.

Je dois dire que cela me fait un drôle d'effet. N'ayant pas encore vu la revue, je ne sais pas combien de poèmes sur les neuf haïkus que j'ai présentés ont été retenus ni lesquels. Pour être tout à fait franc, cela me fait plaisir, car une revue imprimée c'est concret, c'est autre chose que la publication virtuelle sur Internet (qui est cependant un moyen d'expression inégalé auquel je dois de figurer dans Haïkaï). D'autre part, il faut relativiser. Je pense que le nombre de candidats à la publication augmentera au fil des numéros de la revue. Si j'y figure encore dans un an, alors là, oui, cela voudra dire quelque chose sur la qualité de mes haïkus.

Donc, j'en suis ravi mais je reste lucide. Et rendez-vous dans quelques temps ...

Grande activité dans la Belle Province en ce moment! Notre ami Yves Brillon, déjà webmestre du beau site l'île de Calliope et membre très actif de la liste haiku-fr, nous annonce la naissance du site du groupe haïku de Montréal. On y retrouve quelques grandes signatures du haïku québecquois telles que Micheline Beaudry, Janick Belleau, Jessica Tremblay et bien d'autres. Rencontres, débats et ateliers d'écriture sont au programme et Yves est aussi le webmestre de ce site à visiter régulièrement.

Beaucoup plus discrètement et sans l'annoncer, Yves a aussi ouvert un nouveau blog, point de mire , en collaboration avec Monique Lachapelle. Détentrice d'un certificat en histoire de l'Art, cette passionnée de Photoshop accompagne les haïkus d'Yves d'illustrations qui, par leur palette généreuse et leur luminosité, font penser à des vitraux. Je parle bien d'accompagner et non d'illustrer, car c'est bien d'un dialogue à deux voix qu'il s'agit, dans un blog à la maquette sobre et bien adaptée au sujet. Yves n'a pas annoncé la naissance de point de mire, mais c'était sans compter les statistiques de manteau d'étoiles, qui me l'ont fait découvrir
Il fait froid en ce moment au Québec où il neige dru, nous annonce Yves. Ce redoublement d'activité aurait-il pour but de se réchauffer? Quoiqu'il en soit, si c'est le cas vivement la suite sur ces deux beaux sites.
Le phare dans l'arbre/Lighthouse in a Tree J'ai déjà eu l'occasion de souligner les liens entre l'art du haïku et l'art photographique. Dans les deux cas, il s'agit d'observer et d'être prêt à saisir et immortaliser un instant. Les qualités exigées d'un haïjin et d'un photographe sont sensiblement les mêmes, et il sont aussi menacés par les mêmes travers, comme un défaut ou au contraire un excès de technique.
Quant à la combinaison photo-haïku, elle peut donner des choses splendides où image et poème se renforcent mutuellement dans un fascinant jeu de miroirs.

La révolution numérique a bien secoué le monde de la photo. Agfa a disparu, Kodak arrête le développement de nouveaux films, Nikon se recentre sur le numérique et Konica-Minolta vient juste d'annoncer son retrait du marché de la photo, cédant ses actifs dans ce domaine à Sony. Si je suis le premier à apprécier le confort de la photo numérique, il faut reconnaître que la plongée du marché traditionnel est inquiétante. Tout ce qui ne se vend pas en masse risque de disparaître: beaux papiers, films et chimie spécifiques ... Le nivellement par le bas est déjà en cours.
Par réaction, le besoin de beaux tirages amoureusement fignolés à l'ancienne va sans doute émerger, et c'est bien ce qu'on compris les créateurs du site Le Phare dans un arbre (Lighthouse in a Tree). Tirages limités par les plus grands tireurs, virages à l'or, au platine ou à l'uranium, tirages d'ouvrages, on est bien dans le domaine de l'Art. Pour ces amoureux de la photo, le tirage doit sortir des musées, des galeries ou des livres pour s'afficher chez vous et devenir, à l'égal d'un tableau, un sujet de perpétuelle redécouverte. Comme le haïku, là encore. Peut-être arrivera-t-on un jour à faire des tirages d'Art de photo-haïkus, qui sait?
Nous allons laisser vivre encore un peu le petit sondage d'hier pour laisser aux timides le temps de s'exprimer...

Le voyage d'un peintre chinois à Paris - He Yifu- éd. Ouest-France Aujourd'hui, je vous présente un livre splendide, Le voyage d'un peintre chinois à Paris, de He Yifu (éd. Ouest-France).
Né en 1952 à Kunming en Chine, He Yifu rêvait déjà de Paris lorsqu'il était adolescent dans un village de la frontière sino-birmane où l'on envoyait aux champs  les "jeunes instruits" selon ses propres termes. Tout était une occasion de rêver à Paris, comme ce sillon maladroitement tracé par sa charrue et dont la courbure lui rappelait celle de l'Odalisque d'Ingres.
La confrontation de ce Paris rêvé avec la réalité une vingtaine d'années plus tard fut rude, "pleine d'amertume" écrit-il. Il faut dire qu'il imaginait la gare Saint-Lazare identique à celle d'un tableau de Monet en 1877...
Puis, le charme de la ville opéra, et He Yifu en saisit l'âme au bout de son pinceau. Ce livre est en tous points une réussite. Textes, calligraphies et peintures se répondent pour nous montrer un Paris étonnant, exotique, universel.
Etant parisien, je redécouvre ma ville dans ces illustrations. Ce n'est pas seulement le style chinois du trait, de la manière et du lavis, c'est un point de vue différent sur les choses et les gens. Ainsi, l' Arc de Triomphe, indistinct derrière les frondaisons, ou l'église d'Auvers-sur-Oise, perdue dans le lointain. Ce qui a intéressé l'artiste ici, c'est la route qui y mène, "sombre et sinueuse, un chemin humide et moisi, celui de la vie d'un artiste [Vincent Van Gogh] qui l'a sillonné jusqu'à sa mort".
En feuilletant l'ouvrage, on se retrouve étranger dans notre propre ville, la regardant d'un oeil neuf comme on regarderait une ville lointaine et exotique, et ce décalage est tout à fait rafraîchissant.

Depuis 1980, He Yifu partage son temps entre la Chine et la France, où il donne des cours de calligraphie et de peinture chinoise. Il est également l'auteur d'un Voyage d'un peintre chinois en Bretagne que je compte bien me procurer rapidement.
OBNI -Objet Blog(u)ant Non Identifié- est un blog que j'ai mis sur ma liste de favoris dès la première visite.

Qu'on le veuille ou non, la première chose que l'on voit en arrivant sur un site, c'est son design, et celui d'OBNI est particulièrement à mon goût: clair, aéré, sobre sans austérité. La palette de couleurs est agréable, et les feuilles de ginko biloba (l'arbre aux quarante écus, surnommé la fontaine de jouvence par les Chinois en raison de ses nombreuses vertus térapeuthiques) de la bannière ne peuvent qu'attiser mon intérêt.

Bien sûr, un beau site ne serait qu'une coquille vide sans un contenu à la hauteur. Et là, c'est la fête. Critiques littéraires, exercices de style proposés aux visiteurs, photos splendides (dont une extraordinaire lune d'écume) en passant par quelques lignes d'écriture avec un vrai stylo à plume, l'invention est au rendez-vous, dans un style tonique qui incite à revenir.

Le haïku n'est pas oublié, avec d'étonnantes HaïkuGraphies (le mot est-il masculin, féminin? le débat est ouvert, tout comme la question du u baladeur de l'objet bloguant )

Visitez donc OBNI et n'oubliez pas d'y remplir le questionnaire loufoque

Manteau d'étoiles



Bienvenue sur le blog haïku de Richard (alias Yamasemi), principalement consacré au haïku et au senryû, un style de poème court venu du Japon.

Découvrez mon itinéraire dans l'écriture, une présentation des Maîtres du haïku et mes propres haïkus et senryûs au fil des jours. Vous trouverez plus d'informations sur ce blog dans la page d'aide.

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