Croquis pris sur le vif

jolies fesses à pois
dans l'escalier mécanique
vers le septième ciel

dans les embouteillages
il ouvre sa portière
et crache par terre

seul sur un banc
il mange un sandwich et discute
avec un pigeon
au coeur de la nuit
mon fils dans un rayon de lune -
tout à ses rêves
parmi les colverts
un seul canard mandarin -
touriste égaré

se hâtant pour suivre
les canetons de l'année
autour de leur mère
Nous sommes logés dans un petit hôtel sympathique. C'est bien sûr la campagne, avec tout le charme surrané et parfois très poétique de ce genre d'hôtel:

hôtel de campagne
dans ma chambre il y a
deux papiers peints

ma chambre d'hôtel -
du papier peint à fleurs roses
et aussi du bleu

Au moins, c'est calme, même si parfois quelques bruits incongrus troublent la quiétude de la nuit gasconne:

dans le vieil hôtel
le chant des tuyaux se mêle
à celui des grillons

Côté méteo, c'est très variable. Les matinées sont souvent couvertes, avec des averses sporadiques. Les réveils sont toutefois agréables, avec des sons plutôt reposant pour des "gens de la ville":

petit matin gris -
couvrant les derniers grillons
un concert d'oiseaux

grand concert d'oiseaux -
merles, alouettes et puis
le chant du coucou

Je parlerai demain du marathon Shell, qui est une épreuve des plus sympathiques.

TGV

Me voici en déplacement dans le Gers pour affaires. Je supervise le tournage d'un film sur l'Eco-marathon Shell. Il s'agit d'une course énergétique où il s'agit de consommer le minimum de carburant. Mon entreprise soutient une Ecole d'ingénieurs qui a conçu ses véhicules à l'aide de nos logiciels de CFAO. La course se déroule sur le circuit Paul Armagnac à Nogaro. Entre les divers contrôles techniques, essais libres et officiels et la course, me voici dans le Gers jusqu'à dimanche.

J'ai donc pris le TGV pour Bordeaux où une voiture de location nous attendait, moi et le journaliste et le cameraman  dépêchés pour l'occasion.

Il y avait longtemps que je n'avais pas pris le TGV. J'aime bien le train, j'ai toujours aimé ça. Etant gosse, je voulais travailler sur les voies. Je connaissais toutes les locomotives, leurs caractéristiques, les lignes sur lesquelles elles roulaient, les trains célèbres comme le Capitole, le train bleu ou le mythique Orient-Express.

Le paysage défilait vite (Paris-Bordeaux en trois heures, on n'a pas le temps d'amuser les rails), une légère somnolence commençait à m'envahir lorsque j'ai vu une petite scène suggérant  un haïku, plus précisément un senryû. J'ai attrapé mon fidèle carnet et mon stylo et j'ai écrit :

depuis le train
regardant les vaches
qui regardent le train

Les images défilaient de plus en plus vite devant mes yeux, et les haïkus se formaient aussi vite. Dans ces conditions, il n'y a qu'une seule chose à faire: les accueillir et écrire, en essayant de suivre le rythme :

à peine entrevu
le village enroulé
autour de sa colline

vue depuis le train
au milieu des champs rapiécés
la petite église

dans le TGV
traversant une rivière
dont j'ignore le nom

sur le tapis vert
du blé en herbe, au loin
un chêne et un chien

dans le train qui file
laisser courir ma plume
presque aussi vite

dans le TGV
écrivant  des haïkus
pour arrêter le temps

Certains ne supportent pas d'être assis en sens inverse de la marche. C'est le cadet de mes soucis, je trouve même que cela procure des images intéressantes :

dans le TGV
hypnotisé par les arbres
qui courent à l'envers

dans le TGV
les nuages à contre-sens
ne vont pas plus vite

Je ne sais pas exactement combien de temps ce flot de haïkus a coulé en moi, mais ce fut une expérience extrêmement plaisante. La semi-somnolence m'a-t-elle aidé à lâcher prise? Toujours est-il que, fasciné, j'écoutais ma voix intérieure en essayant  de ne rien en perdre. Puis, le jour décrût sur ces deux derniers haïkus:

la journée s'achève
sur le miroir de l'étang
trois saules penchés

des rails polis
croisent des rails rouillés
et puis s'en éloignent

Arrivés à Bordeaux, nous avons chargé nos bagages dans la voiture. Je connais très bien la région, et une petite centaine de kilomètres plus tard, nous sommes arrivés à l'hôtel à Barbotan, station thermale gersoise renommée. L'orage a éclaté presque aussitôt. Il semble que les prévisions météo soient mauvaises jusqu'à dimanche, ce qui n'arrange pas nos affaires... 
premières chaleurs -
éclosion de fleurs exotiques
au bois de Boulogne

la belle rousse
jupe de daim et talons hauts
donnant du pain aux oiseaux

attaché à l'arbre
devant la boulangerie
un petit chien blanc

 

le temps d'acheter le pain
à la place du blanc
un petit chien roux

 

dimanche matin
devant la boulangerie
déjà l'affluence

au-delà des arbres
la tour Eiffel indistincte
matinée de brume

matin de brouillard
deux amoureux enlacés
météo complice
courant après sa queue
puis après un papillon
le petit chien au printemps

Manteau d'étoiles



Bienvenue sur le blog haïku de Richard (alias Yamasemi), principalement consacré au haïku et au senryû, un style de poème court venu du Japon.

Découvrez mon itinéraire dans l'écriture, une présentation des Maîtres du haïku et mes propres haïkus et senryûs au fil des jours. Vous trouverez plus d'informations sur ce blog dans la page d'aide.

Vous pouvez si vous le désirez réagir sur chaque article en utilisant le lien "Ajouter un commentaire" et, si vous avez apprécié votre visite, vous pouvez aussi recommander ce blog.

Recherche

Outils

Technorati

Syndication










D'où venez-vous?



 
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Signaler un abus