Texte Libre

Ce blog est né d'un haïku. Le voici ...

couché sur l'herbe
dans mon manteau d'étoiles
j'ai dormi

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fête nationale -
une chauve-souris masque
le feu d'artifice

fête nationale -
une petite fumée grise
après le bouquet
Mon beau-frère et sa famille sont retournés définitivement à la Réunion jeudi. Je les ai emmenés à l'aéroport, ou plutôt aux aéroports, car ma belle-soeur et les enfants partaient d'Orly et mon beau-frère de Roissy. Je suis tombé dans les embouteillages en rentrant, d'où la fatigue que j'évoquais ce jour-là.

Cela faisait treize ans que Tony et Mimose étaient là, leurs trois enfants sont nés en métropole et bien évidemment, cela va faire un gros vide, pour ma femme évidemment, mais aussi pour moi.  Cela fait sept ans que je les connaissais.  Il y a tant de souvenirs, de soirées ensemble, des enfants qui jouent, des repas divers, bref tout ce qui fait la douceur de la vie de famille. On se reverra à la Réunion bien sûr, mais il est clair que c'est la fin d'une époque. Comme disent les Réunionnais de métropole, ils sont "rentrés".

Ce jeudi, certains détails ne trompaient pas, ce n'était pas un jour comme les autres :

blanc sur le portail
le panneau "a été loué"
la glycine en fleurs

Cette fameuse glycine, magnifique, avec laquelle l'ancien propriétaire avait gagné des concours,  que deviendra-t-elle?

la glycine en fleurs
"pourvu qu'ils ne la coupent pas"
murmure-t-elle

On charge la voiture, et cette fois c'est le départ :

la porte claque
avec un bruit différent
le moment du départ

Pas facile d'imaginer la vie ici sans eux. Depuis leur départ, je sens Christine mélancolique et nerveuse. Nul doute que ce sera un cap délicat à passer, tant elle est proche de son frère. Même chose pour Florian, à qui manqueront son cousin et ses deux cousines. Il va falloir un peu de temps.

allée de platanes -
le ciel blanc se fait pointu
comme une lame

J'ai eu une journée assez fatigante aujourd'hui. Mais certaines choses restent essentielles, même quand on est épuisé.

la longue journée -
un sentiment de plénitude
en lavant mon fils

Bonne nuit! Je vais dormir et récupérer.

Lorsque j'étais enfant, c'était la mode des statues dans les jardins. Ma mère adorait les petits anges, aussi en avions-nous mis plusieurs. Certains étaient l'allégorie d'une saison, mais son préféré avait un genou en terre, la tête légèrement baissée et un doigt sur ses lèvres, comme pour garder un secret. Nous l'appelions "l'ange discret". Il n'a pas résisté au temps, ni à la grande tempête de 1999.

Je me promenais l'autre jour dans le jardin. C'est curieux comme une vision du passé peut se superposer à la réalité présente. Je commence vraiment à comprendre, presque physiquement,  que temps et espace sont des dimensions illusoires dont on peut s'affranchir par le souvenir.

jardin de mon enfance -
là ou poussaient les iris
un ange brisé
Un haïku pour faire revenir l'été, qui semble se dérober sur Paris ces temps-ci. Mais je n'ai pas envie d'écrire sur le vent ni le crachin.

les volets tirés
elle écrase un peu de lavande
sur l'oreiller
Hier, je suis allé voir ma mère.

Les familiers de Manteau d'étoiles savent que ma mère est atteinte de la maladie d'Alzheimer à un stade avancé.
Mon père s'occupe d'elle avec un courage et une abnégation admirables, ce qui l'épuise évidemment.

Comme l'an dernier, mon père a décidé de prendre deux petites semaines de congés pour aller se ressourcer dans notre maison du Sud-Ouest. Je suis donc allé voir ma mère dans la maison de repos où elle réside temporairement.

Le temps était un peu capricieux, du vent, des passages nuageux alternant avec de belles éclaircies. Plutôt une météo d'avril que de juillet en somme.

Délaissant la chambre où la TV diffusait le tour de France, soit un environnement assez déprimant, j'ai emmené maman faire une promenade dans le parc.

A peine arrivés, nous avons tout de suite eu un petit compagnon :

de l'ombre à la lumière
le pinson précède
le fauteuil roulant.

Je lui ai donné des nouvelles de ses petits-enfants. Ce qui est terrible dans cette maladie, c'est qu'on ne sait jamais jusqu'à quel point ceux qui en souffrent perçoivent encore ce qui les entoure. Certains n'hésitent pas et pensent que les malades n'y entendent plus rien. Je pense tout le contraire, même si les malades ne sont plus toujours en mesure de le manifester clairement. C'est précisément quand on commence à les traiter en légumes qu'ils le deviennent.

Etre présent, témoigner de l'amour, leur fait du bien, et tant pis si le retour n'est pas toujours très clair. Dans le cas de maman, on s'achemine hélas vers l'aphasie. Mais un regard, une attitude, un geste suffisent pour qu'une mère et son fils se comprennnent. Et parfois quelques mots arrivent tout de même :

le vent dans les arbres -
"tu peux me prendre la main?"
souffle ma mère

Je croyais ce parc privé, attaché à la maison de repos. Il n'en est rien, des familles avec bébés viennent goûter au calme des lieux, ailleurs des enfants jouent.

poussettes, vélos
et fauteuil roulant -
les mêmes traces

Et toujours ce vent  ...

le vent dans les arbres
arrachant des feuilles
à la mémoire de ma mère

Et puis nous rentrons. Et là, le coup au moral juste au moment où je lui dis au revoir :

le moment du départ  -
"Vous êtes madame qui?"
souffle-t-elle à son fils

Je ne souhaiterais pas cette maladie à mon pire ennemi.
dimanche soir -
un morceau de ciel s'échappe
de la fenêtre
Depuis la libération d'Ingrid Betancourt, on a pu entendre des voix discordantes s'élever au milieu du "ouf!" général.

Je ne me mêlerai pas aux polémiques diverses. Toutefois, quelque chose me touche, c'est lorsque je lis ça et là que pour une célébrité libérée, des centaines restent détenues dans l'indifférence.

D'une par je ne pense pas que ce soit dans l'indifférence (cf les propos de l'intéressée elle-même lors de son arrivée en France). D'autre part, et je vais sans doute passer pour un idéaliste, je pense qu'une seule libération donne de l'espoir à ceux qui restent et les aide à tenir bon en attendant leur tour.

Certes, il reste des otages aux mains d'organisations diverses dans le monde entier, mais ce n'est pas une raison pour ne pas se réjouir qu'il y en ait aujourd'hui une quinzaine en moins (car n'oublions pas ceux qui ont été libérés en même temps qu' I. Betancourt). Bref, à chaque jour suffit sa peine, et foin des grincheux qui ne voient la bouteille qu'à moitié vide.

marché aux oiseaux -
le chant du serin évadé
repris par les autres

Manteau d'étoiles



Bienvenue sur le blog haïku de Richard (alias Yamasemi), principalement consacré au haïku et au senryû, un style de poème court venu du Japon.

Découvrez mon itinéraire dans l'écriture, une présentation des Maîtres du haïku et mes propres haïkus et senryûs au fil des jours. Vous trouverez plus d'informations sur ce blog dans la page d'aide.

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