Vu, lu, entendu

Le seul vrai voyage de la découverte ne consiste pas à chercher des nouveaux horizons mais à avoir des yeux nouveaux.

Marcel Proust

Quel paradoxe. Citer Proust sur un blog consacré au haïku. Proust et ses images sophistiquées. Proust et sa phrase longue et contournée, assemblant avec art les subordonnées conjonctives dans tous les sens. Bref, tout le contraire du haïku.

Et pourtant...  Relisez cette phrase, pour une fois courte et directe. Le haïku ne trouve-t-il pas du poétique dans le prosaïque, dans le quotidien, simplement par un changement de point de vue? Par un oeil neuf. 

Proust haïjin? Peut-être, dans l'esprit en tout cas.
Vous l'avez sans doute remarqué, le pied de page de Manteau d'étoiles comporte un haïku accompagné d'un idéogramme, le tout changeant chaque semaine.

Il s'agit de l'anneau haïku, l'une des sympathiques initiatives de Marylène Lallemand.

Son site se visite comme ces maisons de campagne aux multiples pièces, chacune avec sa personnalité: le salon Cocteau, le petit haïku illustré, son forum Bleu sans limite (d'après un haïku de Santoka), l'Egypte ancienne et j'en passe.


 De nombreux sites consacrés au haïku accueillent le poème qu'elle sélectionne chaque semaine  et accompagne d'un idéogramme choisi avec soin. Cette semaine, Marylène m'a fait le plaisir de publier l'un des miens, ce dont je la remercie:


Caranthir est tout simplement la traduction de mon prénom en langue elfique. Je suis en effet depuis longtemps un amateur de Tolkien (bien avant les films qui en ont été tirés). J'utilise ce pseudo sur les forums où j'interviens. Quant à l'idéogramme, c'est celui du mot "voyage" (ryokoo).

Quoiqu'il en soit, visitez le site de Marylène, je serais étonné que vous ne le mettiez pas dans vos favoris. Fraîcheur, enthousiasme et sincérité, je n'en dis pas plus, elle m'en voudrait (car elle est en plus modeste).
 
 
Marion (qui signe souvent ses mails ironiquement Marion nette) est un cas un peu à part, du moins je le trouve, dans le cercle de nos amis haïjins.

A part à cause de sa vivacité, de sa joie de vivre, de son éclectisme, car elle est loin de se limiter au haïku. Sa signature de courriel ne compte pas moins de quatre ou cinq sites, dont un blog consacré au haïku, senryû et tanka, deux ou trois wikis, une section tankas sur le site de la Vénus littéraire ainsi que le laboratoire Lubréaction, une section sur le site poésie francophone, son site de poésie et contes etc.

Bref, Marion déborde d'idées et d'activités. En lisant sa poésie, les mots qui me viennent spontanément sont, en vrac, flamboyant, sensuel, frémissant, érotique, mystérieux, vivant, gourmand ...

Une plume à découvrir, à partager, à lire sans retenue. J'apprécie les gens qui mordent dans la vie à pleines dents, comme un gamin qui laisse avec délice le jus d'une pêche bien mûre couler sur son menton. En toute gourmandise, en toute innocence.

Quelques morceaux choisis:

Voici ma maison
D’eau de mousse, d’arbres noués
Lieu d’apaisement
 
Entre vert et mauve
L’arbrisseau du moulin d’eau
Les racines au frais
 
Les doigts peignant l’eau
J’échevelle  doucement
Mes trésors secrets

Mélange des blés
Danse échevelée d’épis
C’est le plein été

La suite sur les sites de Marion. Bonne lecture!
Revue littéraire Haïkaï N°1 - février 2006 Oups ...  j'ai dû avoir des problèmes de courrier électronique, car je n'avais pas reçu l'avis de parution du N°2 de la revue Haïkaï (mars). De ce fait, je n'ai pas non plus contribué au numéro 3 (avril), qui vient de paraître. Dommage!

La liste des auteurs ainsi que le formulaire de commande se trouvent ici.

Rappelons que cette revue, éditée par le site canadien Mille Poètes, se distingue par une réalisation particulièrement soignée. On peut la commander en format pdf bien sûr, mais il serait dommage de se priver de son beau papier crème et de sa couverture pelliculée.

Bonne lecture!
 
Comme je vous l'avais annoncé, d'autres événements destinés à faire connaître le haïku vont avoir lieu un peu partout en France.

Ainsi, l'association Un peu de Poésie propose un événement mêlant photos, sculpture et haïkus les 31 mars et 1er avril à Morières-Les-Avignon, dans le Vaucluse.

La soirée du 31 mars à 19h sera suivie d'un buffet (pour 25€) et l'exposition du 1er avril de 15h à 18h est gratuite et ouverte à tous.

Denis Champollion y exposera ses photos, accompagnées des haïkus de Dominique Champollion (membre de l'AFH et très active sur haiku-fr), et Gilles de la Buharaye présentera ses sculptures.

Un événement sous le soleil du Vaucluse auquel vous pourrez participer en téléchargeant et en renvoyant au plus vite ce bulletin.

Je souhaite aux exposants et aux visiteurs tout le succès et tout le plaisir possible.
 
Il y a quelques temps, je sortais d'une longue réunion. Il était un peu tard pour aller au restaurant d'entreprise, où il n'aurait plus resté grand chose, et puis avouons-le, j'avais envie de me faire plaisir après quatre heures entre quatre murs.

Je suis donc allé prendre un plat de pâtes fraîches dans un petit restaurant derrière le bureau. Les spécialités italiennes et grecques sont excellentes, et vue l'heure avancée, je me suis retrouvé pratiquement seul. C'était parfait pour décompresser.

Et puis quelqu'un a mis un disque. Du jazz. Une chanteuse à la voix suave. Un balancement cool, presque paresseux. Si ce n'avait été le parfum entêtant du basilic et de la tomate fraîche montant de l'assiette de penne que l'on venait de poser devant moi, j'aurais pu me croire dans un de ces piano-bars que je fréquentais étant étudiant. Fatigué par la réunion, je me suis laissé allé sur la voix de la chanteuse comme sur un oreiller sonore, et j'ai laissé mes pensées dériver.

J'ai déjà parlé des photos-haïkus, aujourd'hui je vous propose mes jazzhaïkus, des haïkus avec bande-son.

piano-bar obscur
la chanteuse aux yeux clos
promet tant de choses
 
pénombre enfumée
sa voix suave m'enveloppe
son parfum aussi
 
un vieux saxo ivre -
ses mains autour du micro
je ferme les yeux


Lisa Ekdahl, Heaven, Earth And Beyond
Sorti de ma rêverie, j'ai dégusté mes pâtes et ai demandé le nom de la chanteuse et de l'album.
C'était Heaven, Earth And Beyond, par Lisa Ekdahl. Ce sera ma suggestion d'écoute en lisant ces haïkus.


En 1987, Jacques de Loustal et Philippe Paringaux avaient sorti une bande dessinée splendide, Barney et la note bleue (éd. Casterman). Plus qu'une BD, il s'agit d'un véritable roman illustré, avec le style si particulier des deux auteurs. Pas de bulles, le texte est en bas, comme un sous-titrage.

Barney et la note bleue, Loustal, Paringaux - Ed. CastermanBarney est un saxophoniste de génie, inspiré par Barney Wilen,  musicien français qui a joué avec les plus grands dans les années soixante. Son tempérament fantasque ne lui a hélas pas permis de faire la carrière qu'il méritait, et il était plus ou moins tombé dans l'oubli. Bien que le destin du Barney de la BD soit plus dramatique que celui de son modèle,  son caractère est fidèlement restitué, comme le soin maniaque qu'il prend de ses chaussures et son morceau fétiche, Besame mucho.

La note bleue, c'est cette note que cherchent tous les musiciens. La note vivante, vibrante, celle dans laquelle le musicien met tout son coeur et qui touche l'auditeur au-delà de toute expression. Chopin en parlait déjà à Georges Sand. Les musiciens de jazz vont adopter l'expression. La note bleue donnera son nom au  plus grand des labels de jazz, Blue Note.

J'ai adoré cette BD, et si j'en parle aujourd'hui, c'est que l'histoire ne s'arrête pas là. Apprenant qu'il a inspiré un livre, Barney Wilen lit la BD et contacte Loustal et Paringaux. Rapidement naît l'idée d'un disque, une bande-son de Barney et la note bleue. Sorti la même année, cet enregistrement relance la carrière de Barney Wilen. Belle histoire non?

Et donc, après la BD avec bande-son,  pourquoi pas le haïku avec bande-son? Juste un clin d'oeil ...
Malgré les controverses dont il a été et est toujours l'objet, j'aime les propos du gourou indien Rajneesh qui avait  pris le nom d'Osho. Ceci par exemple :

Un homme libre n'appartient qu'à lui-même et à personne d'autre.
Un homme libre est simplement une énergie sans nom, sans forme, sans race,
sans nation.


J'aime cette idée de l'homme libre en tant que pure énergie, dégagé de toute contingence. Il m'est souvent arrivé de méditer sur les conséquences des actes de tel ou tel personnage célèbre (quel que soit le domaine dans lequel il a exercé et quelle que soit l'époque). En effet, pour imprimer une marque aussi importante qu'un Vinci, un Pasteur, une Curie ou même (hélas!) un dictateur, il faut que l'être humain, au-delà de son corps, soit énergie, parfois très importante. Qu'elle soit bien ou mal employée est un autre débat, dans laquelle je ne m'engagerai pas ...
 
Le rapport avec le haïku semble ténu. Si ténu que j'ai mis plusieurs heures à compléter ce billet qui semblerait bien éloigné de mon thème favori. En fait, je pense que toute action est une émanation de cette énergie qui nous anime. Quoi que l'on fasse, cette énergie laisse une trace sur le monde, bonne ou mauvaise, fugace ou durable. Paradoxalement, les choses les plus évanescentes en apparence peuvent receler une énergie insoupçonnée comme, au hasard, les si petits haïkus. Etant les témoins d'un instant précieux -donc d'une émotion ressentie- et le résultat d'un choix patient des mots, de ce qui est dit et surtout de ce qui est suggéré, ils concentrent tous les efforts de leur auteur. Dès lors, ils constituent une sorte d'essence émotionnelle particulièrement riche. C'est peut-être ce qui fait leur puissance et leur universalité. Ils sont, comme l'homme libre d'Osho, des moments de liberté ressentis et transmis par le haïjin, d'une manière aussi pure que possible.
The haiku Box - Lonnie Hull DuPont - éd.Journey En flânant à la librairie Junku à Paris, je suis tombé sur The Haiku Box, un coffret en Anglais par Lonnie Hull DuPont aux éditions Journey.

Vous l'aurez deviné : c'est un kit pour écrire des haïkus. A priori, le genre de chose à fuir, presque aussi vite que les haïku-trons.

La fameuse boîte à outils contient un livre de soixante pages intitulé Footprints in the snow exposant les principes de base, cinquante petites cartes comportant chacune un mot "choisi soigneusement" nous dit-on, un petit sac beige pour mélanger et tirer au sort lesdites cartes et enfin un carnet vierge A new view of the moon pour y consigner vos créations.

La curiosité étant ce qu'elle est, j'ai quand même acquis l'objet, me disant au pire que ce serait un exercice stimulant de tirer un mot au sort et de bâtir un haïku autour. Après tout, certains concours de haïkus imposent un thème ou une liste de mots à inclure obligatoirement dans les poèmes candidats alors ...

Première constatation, la réalisation est soignée, y compris celle des fameuses cartes et du "sac à malices".

Seconde constatation : le livre d'initiation constitue une excellente surprise. En soixante pages, on trouve l'essentiel pour bien démarrer. Les esprits chagrins ou les fanatiques du haïku dit "libre" déploreront l'accent mis sur la forme traditionnelle en 5-7-5, mais comme le dit l'auteur, avant de s'éloigner de cette forme, un peu de discipline ne nuit pas si l'on veut éviter de faire n'importe quoi. Elle n'exclut pas, une fois cette discipline acquise, de s'en éloigner ensuite, au moins saura-t-on pourquoi on le fait.

J'ai tout particulièrement apprécié l'accent mis sur la dimension spirituelle de l'écriture. Pour Lonnie Hull DuPont, composer des haïkus relève clairement d'une démarche de recherche et de réalisation de son être profond. Les premières lignes du livre donnent tout de suite le ton :

Nous sommes tous des chercheurs. Chacun de nous doit trouver sa propre méthode de recherche. Beaucoup s'embarquent d'une manière ou d'une autre dans un itinéraire spirituel et, tout au long de ce chemin, nous trouvons ce qui peut nous aider à approfondir notre démarche, mettre en pratique ce en quoi nous croyons et vivre l'instant présent (traduction de votre serviteur)

Intéressant n'est-ce pas? Moi qui craignait le recueil de recettes de cuisine, j'avoue m'être totalement trompé. Le livre continue en parlant de l'écriture du haïku comme de l'un des nombreux moyens de démarrer ou approfondir une pratique spirituelle en raison de ses caractéristiques : brièveté, accent sur un moment, précision du choix des termes, proximité de la nature. Les liens avec le Zen sont aussi abordés, ce qui agacera ceux qui ne veulent pas en entendre parler.

Un passage particulièrement intéressant concerne la recherche de ce que l'auteur nomme le "moment haïku", ce fameux instant déclencheur du désir d'écriture. Celui qui vous paraît mériter qu'on le fixe et le transmette dans ce minuscule poème. Elle rappelle à cet égard la pratique japonaise du "poème de mort", l'équivalent des "derniers mots" en occident. Le dernier poème d'un haïjin est en effet celui du moment suprême, celui où le poète va quitter ce que les bouddhistes appellent "ce monde flottant" (traduire monde d'illusions, monde d'impermanence). Loin d'être une fascination morbide, ce goût des Japonais pour ces poèmes témoigne d'un profond respect pour l'être qui va partir et "voit" déjà l'autre monde tout en disant adieu à celui-ci, souvent avec une clairvoyance et un sens de l'essentiel aiguisés par les circonstances. J'ai déjà donné des exemples de tels poèmes dans les billets consacrés aux Maîtres, et il faut avouer que ces haïkus sont souvent magnifiques et poignants.

Les deux derniers chapitres sont consacrés à la pratique, avec notamment des exercices visant à utiliser les fameuses cartes. Là encore, on aurait pu craindre les recettes de cuisine simplistes. En fait, les exercices proposés sont assez stimulants, par exemple choisir un animal pour la première ligne du haïku, des conditions météorologiques pour la seconde et piocher une carte pour la troisième, ou bien choisir un mot au hasard dans les derniers haïkus écrits et les compléter par une carte. Ecrire un nouveau haïku basé sur ces mots.

Conclusion : une très bonne surprise, je ne regrette pas l'achat de ce coffret. Au passage, mention spéciale à la librairie Junku, très bien achalandée. On y trouve notamment un bon choix d'ouvrages des éditions Moundarren, une référence en matière de poésie orientale, tant par la qualité des traductions que par celle des reliures. Le service est japonais, c'est à dire impeccable et d'une exquise politesse. En outre, pour ceux qui ne peuvent aller à Paris, leur site web est fort bien fait.
 
La psychose concernant la grippe aviaire commence à prendre des proportions inquiétantes. J'écoutais France Info ce matin dans ma voiture, et j'ai entendu des histoires incroyables, comme celle de cette vieille dame harcelée par son voisinage et obligée de faire abattre ses oiseaux d'ornement par un chasseur, ou encore celle de cet homme devenu hystérique et que les vigiles de la bibliothèque nationale de France à Paris ont dû calmer :

grippe aviaire -
"salauds d'oiseaux !" hurle-t-il
aux pigeons dans l'arbre


On croit rêver ... Si Hitchcock était parmi nous, peut-être tournerait-il "Les Oiseaux 2, le retour" .
Restons calmes. Allez, je vais déjeuner moi. Je mangerais bien un coquelet à la diable

Manteau d'étoiles



Bienvenue sur le blog haïku de Richard (alias Yamasemi), principalement consacré au haïku et au senryû, un style de poème court venu du Japon.

Découvrez mon itinéraire dans l'écriture, une présentation des Maîtres du haïku et mes propres haïkus et senryûs au fil des jours. Vous trouverez plus d'informations sur ce blog dans la page d'aide.

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