Texte Libre

Ce blog est né d'un haïku. Le voici ...

couché sur l'herbe
dans mon manteau d'étoiles
j'ai dormi

A tout moment, vous pouvez revenir à la page d'accueil en cliquant sur la bannière ou sur l'image de droite. Si vous êtes perdus, vous trouverez aussi de l'aide ici. Bonne visite!

psssschuit !
le bûcher de la phalène
- fatale ampoule
dimanche matin -
l'assemblée des pies répond
aux grincements des portes
Marlou me disait qu'elle aimait mes deux derniers haïkus parlant des nuages. Je l'ai déjà dit ailleurs, les nuages me fascinent, et je ne suis toujours pas satisfait de la manière dont j'en parle. Ils sont si changeants, dans leur forme comme dans leurs couleurs, et en plus il se déplacent !

Non, décidément je ne suis pas près d'en avoir fini avec eux.

aveuglantes
les boursouflures des nuages
coutûrent le ciel
Depuis que je n'écrivais plus, de nombreux sites amis ont vu le jour, en particulier des blogs. Je constate d'ailleurs avec plaisir que certains ont repris la dénomination de "blog haïku" ou "haïku blog" qu'il me semble bien avoir inauguré avec Manteau d'étoiles.

Le formalisme du blog se prête bien au haïku. Le mécanisme des commentaires et des rétroliens permet une interactivité et une convivialité absente des sites classiques, qui doivent se contenter de mettre à disposition un livre d'or qui paraît bien figé désormais quand on peut réagir sur chaque article d'un blog avec une souplesse incomparable.

J'ai donc mis à jour ma liste de liens (les blogueurs disent "ma blogroll", c'est la liste "Ami(e)s & Haïkus" à gauche du blog) et j'ai décidé de créer une nouvelle catégorie "D'autres étoiles"  pour vous faire découvrir mes blogs haïkus ou sites favoris.

On commence donc aujourd'hui par Cesar et son bazar, le blog de Jean-Claude César.  Amoureux du soleil et de l'Orient, ne manquez pas la visite du bazar. On y trouve pêle-même (c'est un bazar!) des haïkus bien sûr, y compris sur des cartes (demandez au patron du bazar s'il en reste), mais surtout de la chaleur et de la convivialité.

On peut y laisser un haiku aussi, voire passer un peu de temps au bazar, puisqu'il accueille aussi les amis le temps d'un rêve, d'une visite au souk avec Amel ou le temps d'observer les oiseaux avec Anna et bien d'autres encore.

Un blog méditerranéen et solaire, débordant de lumière, de chaleur, d'amitié et de parfums dont je recommande la visite à tous les amoureux de la vie, tout simplement !

Allez, rendez-vous au bazar pour un thé à la menthe, tous les jours le patron ouvre son coeur.
L'été peine décidément à s'installer. Le ciel change d'aspect plusieurs fois par jour et la température joue au yo-yo. Moi qui aime l'été, le franc et bel été avec un ciel bleu profond et un soleil triomphant, je ronge mon frein.

Les nuages dominent encore les débats aujourd'hui, toutefois le soleil vient de faire un petit coup de force.

rayon de soleil -
les nuages s'émiettent
ma somnolence aussi

Les prévisions annoncent l'arrivée d'un temps estival stable la semaine prochaine. Espérons ...
brise nocturne -
des montagnes de nuages
escaladent le ciel
Dimanche,  je suis retourné voir ma mère.

Il m'a fallu trois jours pour digérer cette visite et écrire ce billet. J'avertis mes lecteurs que les senryûs qui accompagnent ce récit pourront mettre mal à l'aise. Ils sont le reflet de ce que j'ai vu, ni plus ni moins, et de mon propre malaise.

Contrairement à la semaine dernière, le temps était plutôt maussade. Pas question dans ces conditions d'une promenade dans le parc.

J'ai trouvé tout de suite ma mère dans la salle commune du rez-de-chaussée.  Cela m'a fait un choc. D'ordinaire, ma mère est chez elle, et même si elle a perdu une grande partie de ses facultés, elle est dans un décor familier, elle reste quoi qu'il arrive la maîtresse de maison. Rien de semblable ici. Dans son fauteuil roulant, les yeux dans le vague et tripotant de manière convulsive son corsage, elle n'était plus qu'une patiente parmi d'autres.

salle commune
tous ces vieillards anonymes
parmi eux ma mère

Je suis allé m'asseoir à côté d'elle. C'était une expérience peu plaisante. Les personnes qui  m'entouraient étaient plus ou moins en possession de leurs moyens. Il n'y avait pratiquement que des femmes, ce qui confirme leur espérance de vie supérieure à la nôtre. Il n'y avait qu'un homme, encore capable de marcher. Légèrement voûté, un sourire de gamin expiègle aux lèvres, il était assis sur une chaise, les mains jointes comme s'il ne savait quoi en faire. Lui au moins avait l'air heureux de son sort, au point de nous offrir le seul sourire de l'après-midi.

seuil du réfectoire -
il entame un pas de danse
avec l'infirmière

Les autres patientes étaient en majorité clouées à leur fauteuil roulant, certaines pouvant se déplacer, d'autres non.

Maman me serrait la main à la briser, elle m'avait reconnu bien sûr. Je lui ai raconté les dernières nouvelles de la famille. Autour de nous, certaines patientes nous fixaient avec une insistance gênante. Il y avait un peu de tout, ce qui rendait l'ambiance assez pesante.

souriant aux anges -
sous le fauteuil roulant
une flaque

De temps en temps, un souvenir d'un passé éloigné remontait à la surface

maison de retraite -
elle s'éveille et entame
une vieille romance

Un peu plus loin, une dispute éclata entre deux dames qui conversaient jusque là tranquillement.

maison de retraite -
deux petites vieilles s'engueulent
en se vouvoyant

Deux aides-soignantes réalisant mon malaise vinrent gentiment discuter avec moi. Elles s'occupent régulièrement de Maman et me rassurèrent sur son état.  Elles ont une grande habitude de la maladie d'Alzheimer et du désarroi des familles. Leurs paroles me réconfortèrent.

Regardant autour de moi, je réalisai qu'à bien des égards, une maison de retraite ressemble à une crèche. Dans les deux cas, on y prend soin de personnes dépendantes demandant avant tout de l'amour. Du reste, lorsque je demande des nouvelles de Maman à Papa,  il emploie pratiquement les mêmes mots que moi pour parler de mes enfants. Malheureusement, l'évolution des uns et des autres ne se fait pas dans la même direction ...

maison de retraite -
au mur les photos du dernier goûter
comme à la crèche

Maman ne communiquait pratiquement plus que par la pression de sa main sur la mienne. Et je me surpris à une étonnante inversion des rôles.

pour réconforter
ma vieille mère malade
- des gestes de père

Vieille. Un mot que je n'aurais jamais pensé associer un jour à ma mère tant elle était demeurée jeune d'esprit et fonceuse avant le déclenchement de cette satanée maladie. Un mot et une réalité que je dois à présent accepter. La maladie évolue, impitoyablement.  La différence avec l'an dernier, lorsque mon père avait pris du repos pour la première fois, est flagrante. Il y  a un an, j'écrivais :

chambre 509
son nom sur la porte
Maman

chambre 509
elle y dort paisiblement
Maman

chambre 509
dans sa tasse de thé
les reflets du passé

Pourrait-elle encore cette année boire seule une tasse de ce thé qu'elle aime tant?

Et puis vint l'heure du dîner, et je dûs prendre congé. J'étreignis ma mère, qui me le rendit bien, et je dûs partir, le coeur lourd.

crépuscule -
sa peau sent toujours les fleurs
Maman

En rentrant, je passai non loin de la rivière de mon enfance, une rivière qui coule au pied de l'hôpital où Maman avait été traitée pour une embolie pulmonaire.

la brume sur la rivière
y retrouverai-je
la raison de ma mère?

En dépit de la gentillesse et de la compétence indéniables du personnel de cette maison de retraite, je mesure à quel point cette fin de vie n'est déjà plus tout à fait la vie. Je rentrai chez moi un peu déphasé. Je retrouvai ma femme et mes enfants si pleins de vie, et j'eus le sensation de m'éveiller d'un mauvais rêve.

Je le répète : je ne souhaiterais pas cette maladie à mon pire ennemi.

Une belle journée aujourd'hui, chaude et ensoleiilée, qui donne soif.

Le haïku suivant paraîtra sans doute surréaliste à bien des égards, mais il est en fait une stricte description de la scène que je viens de voir. J'avoue en rendre  compte de manière un peu elliptique, je suis d'humeur un peu taquine ce soir:

la fourmi volante
s'intéresse au grand sourire
de la pastèque
fête nationale -
en formation impeccable
quatre martinets

Manteau d'étoiles



Bienvenue sur le blog haïku de Richard (alias Yamasemi), principalement consacré au haïku et au senryû, un style de poème court venu du Japon.

Découvrez mon itinéraire dans l'écriture, une présentation des Maîtres du haïku et mes propres haïkus et senryûs au fil des jours. Vous trouverez plus d'informations sur ce blog dans la page d'aide.

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