J'entame un nouveau carnet. A chaque fois, c'est la même impression devant ces pages blanches, je me demande où ce nouveau carnet m'amènera dans l'écriture:
Pour les trois premiers carnets, tout commençait par le même rituel: reporter dans le nouveau les haïkus inachevés du précédents ainsi que les instants perçus que je voulais fixer par un haïku sans en avoir eu le temps. Tout ceci s'accumulant, j'ai depuis opté pour une autre solution: les inachevés ont à présent leur propre carnet, et je démarre ainsi à chaque fois sur un carnet propre.
Je consulte les inachevés régulièrement, soit lorsque je n'ai rien vu de la journée me donnant envie d'écrire, soit en fin de semaine lorsque j'ai un peu de temps pour me repencher tranquillement sur ces "espoirs de haïkus".
On conseille souvent, lorsqu'un haïku "ne vient pas", de le laisser un peu reposer comme une pâte. Le travail se fait parfois tout seul, il m'est arrivé de constater que j'avais trouvé les mots qu'il fallait sans en avoir conscience et l'inachevé était en fait terminé. Sympathique!
Autre cas de figure, le repos et le recul donnent un oeil neuf, moins impliqué dans le moment, ce qui permet de trouver la formulation adéquate plus aisément. Un haïku sur lequel on a passé des heures peut ainsi être achevé en trente secondes. C'est une sensation très gratifiante.
Enfin, il y a les rebelles, les retords. Ceux-là dorment dans le carnet d'inachevés depuis longtemps. De vieux amis exigeants, qui ne se livrent pas facilement et attendent leur heure. Ce sont sans doute les meilleurs, mais le moment a peut-être été vécu trop tôt pour que je puisse le transcrire sur le champ et mon écriture doit évoluer. Ces haïkus rétifs sont pour moi un motif supplémentaire et très stimulant de progresser dans mon écriture. La route est encore longue ...
carnet neuf -
à nouveau
tout est possible
à nouveau
tout est possible
Pour les trois premiers carnets, tout commençait par le même rituel: reporter dans le nouveau les haïkus inachevés du précédents ainsi que les instants perçus que je voulais fixer par un haïku sans en avoir eu le temps. Tout ceci s'accumulant, j'ai depuis opté pour une autre solution: les inachevés ont à présent leur propre carnet, et je démarre ainsi à chaque fois sur un carnet propre.
Je consulte les inachevés régulièrement, soit lorsque je n'ai rien vu de la journée me donnant envie d'écrire, soit en fin de semaine lorsque j'ai un peu de temps pour me repencher tranquillement sur ces "espoirs de haïkus".
On conseille souvent, lorsqu'un haïku "ne vient pas", de le laisser un peu reposer comme une pâte. Le travail se fait parfois tout seul, il m'est arrivé de constater que j'avais trouvé les mots qu'il fallait sans en avoir conscience et l'inachevé était en fait terminé. Sympathique!
Autre cas de figure, le repos et le recul donnent un oeil neuf, moins impliqué dans le moment, ce qui permet de trouver la formulation adéquate plus aisément. Un haïku sur lequel on a passé des heures peut ainsi être achevé en trente secondes. C'est une sensation très gratifiante.
Enfin, il y a les rebelles, les retords. Ceux-là dorment dans le carnet d'inachevés depuis longtemps. De vieux amis exigeants, qui ne se livrent pas facilement et attendent leur heure. Ce sont sans doute les meilleurs, mais le moment a peut-être été vécu trop tôt pour que je puisse le transcrire sur le champ et mon écriture doit évoluer. Ces haïkus rétifs sont pour moi un motif supplémentaire et très stimulant de progresser dans mon écriture. La route est encore longue ...
par Richard
publié dans :
L'écriture
Le point d'interrogation parce que je peux encore évoluer sur ce sujet, bien sûr. Toutefois, après bien des recherches et mûres réflexions sur ce sujet, il me semble être arrivé à une position relativement stable et qui me convient.
Lorsque j'ai commencé à écrire des haïkus, le respect de la forme 5-7-5 (dix-sept syllabes en trois lignes de cinq, sept et cinq syllabes) me paraissait capital, tout comme la forme de deux quatrains et deux tercets d'alexandrins pour un sonnet. Certains arguments m'avaient déjà conduit à assouplir cette position, notamment le fait que les haïkus que j 'avais aimés et qui m'avaient donné envie d'en écrire étaient des traductions françaises qui ne suivaient pas forcément cette règle.
Depuis, il est clair que mon écriture a évolué. Mes haïkus sont loins de toujours respecter la fameuse forme en 5-7-5 et lorsque je parle de mon souhait d'aller plus loin, le compte de syllabes n'est pas ce qui me préoccupe.
Et au fait, s'agit-il bien de syllabes? Je parlais de "recherches", et il faut bien avouer que les querelles d'experts concernant la métrique de la langue japonaise en général et de ses poèmes en particulier font rage. Ici et là, on vous dira en effet que le haïku comporte non pas dix-sept syllabe, mais dix-sept onji (unités de son japonais). Le malentendu viendrait de l'interprétation abusive faisant de ces onji des syllabes.
Diantre! Que signifie? En creusant un peu (Google et Wikipedia sont nos amis), on découvre en effet que notre brave syllabe peut encore être découpée en éléments plus fins appelés mores par une science répondant au doux nom de phonologie, elle-même branche de la linguistique.
On apprend ainsi qu'il existe aussi un poids syllabique déterminant leur découpage en une ou deux mores. Plus intéressant encore (si l'on peut dire ...), il existerait des langues basées non pas sur des syllabes, mais sur des mores. Dans de telles langues, les mots sont découpables en unités de sons ayant toutes la même valeur: ce sont les langues moriques.
Devinez quelle langue est toujours citée en exemple? Ceux qui ont répondu "le Japonais" ont gagné!
Le haïku classique ne ferait donc pas 5-7-5 syllabes, mais 5-7-5 mores. C'est à peu près impossible à reproduire en Français sans solides connaissances en phonologie, le Français étant une langue syllabique. C'est aussi un sacré défi en Anglais, langue accentuelle (c'est à dire rythmée par l'accent tonique).
On pourrait donc penser se libérer définitivement de cette contrainte illusoire, car propre à une langue basée sur un système de phonèmes différent du nôtre. Las! c'est compter sans les querelles d'experts dont je parlais. Du reste, il me parait significatif de constater que le paragraphe concernant le vers japonais dans l'article Wikipédia traitant du pied en poésie reste à écrire!
Il semblerait en effet (je mets au conditionnel, car c'est l'état actuel de mes recherches) que certains considèrent encore la syllabe comme la base de la prosodie en Japonais:
(Laurence Labrune, La phonologie du japonais : entre tradition et modélisation, Université Michel de Montaigne – Bordeaux 3 & CNRS - Equipe de Recherche en Syntaxe et en Sémantique, UMR 5610, 2005. Quand je vous disais que j'avais fait des recherches!)
On réalise, en se plongeant courageusement dans ce rapport de synthèse (!) que les experts en linguistique ne sont eux-même pas d'accord sur cette histoire de syllabes/mores. Même si c'est assez technique, cela vaut la peine de lire ce chapitre consacré aux composants prosodiques du japonais.
Quelles conclusions tiré-je de tout ceci?
Tout d'abord, si les experts eux-même ne sont pas d'accord sur la métrique du Japonais, je ne vois pas comment nous pourrions avoir une position strictement arrêtée. Et du reste, est-ce si important? J'ai voulu vous communiquer le fruit de mes recherches - étant d'un naturel curieux mais partageur- mais il faut bien avouer qu'on s'enfonce dans la technique la plus aride et que l'on s'éloigne de la poésie. Comme le disait Jean Cocteau: à force d'aller au fond des choses, on y reste.
Ensuite, il me paraît définitivement vain de prétendre adopter trait pour trait une forme poétique née d'une culture différente, avec une langue différente. Si le Japonais compte en mores et nous en syllabes et l'Anglais, le Russe et le Néerlandais en accents, le haïku dans une autre langue que le Japonais ne peut être qu'une adaptation. Cela suppose inévitablement que l'on fasse des choix, par nature contestables.
Enfin, et c'est la conséquence immédiate de ce qui précède, je ne vois donc pas de quel droit on contesterait à un tercet le statut de haïku au seul motif qu'il n'est pas long de dix-sept syllabes réparties sur trois lignes de cinq, sept et cinq syllabes. Et je ne parle même pas de cette répartition en trois lignes, pure convention occidentale car la haïku en Japonais s'écrit sur une seule ligne!
Si l'on s'en tient strictement aux critères de longueur, car il y en a évidemment bien d'autres, et beaucoup plus importants, je dirais donc que le haïku est un poème court de moins de vingt syllabes, si possible réparties en trois "temps" court-long-court.
J'aime le rythme ternaire et l'équilibre, aussi je me réjouis si je peux faire un 5-7-5 "conforme à la tradition", mais ce n'est plus du tout un impératif pour moi. Je ne renonce pas à un mot qui me paraît important ni ne renverse l'ordre des idées ou des images pour "tenir" dans ce format. Je ne torture ni la langue ni la syntaxe pour faire plus court. C'est généralement impossible, le haïku étant en principe l'expression de l'essentiel, donc l'image réduite au strict nécessaire, le "distillat ultime" de l'expérience. Inversement, je ne rallonge pas inutilement le poème s'il fait moins de dix-sept syllabes en y insérant des mots supplémentaires pour "faire le compte". Ce serait faire des vers de mirliton.
Je terminerai ce billet très technique et farci de liens en précisant qu'il n'y a qu'une occasion où je trouve le respect du 5-7-5 utile, et c'est lorsque l'on débute dans l'écriture du haïku. D'une part cela met un frein à la longueur des poèmes, car on est généralement habitué à la longueur de la poésie occidentale. D'autre part, cet exercice oblige à choisir soigneusement ses mots. Ces deux effets seront salutaires pour la progression. Toutefois, il ne faut pas en faire une obsession.
Le 5-7-5 est une idée en filigrane, l'essentiel est de lire des haïkus, encore et encore, des classiques japonais et d'autres, d'en écrire soi-même et d'en échanger avec d'autres haïjins. Et tout le reste est littérature (Verlaine).
Lorsque j'ai commencé à écrire des haïkus, le respect de la forme 5-7-5 (dix-sept syllabes en trois lignes de cinq, sept et cinq syllabes) me paraissait capital, tout comme la forme de deux quatrains et deux tercets d'alexandrins pour un sonnet. Certains arguments m'avaient déjà conduit à assouplir cette position, notamment le fait que les haïkus que j 'avais aimés et qui m'avaient donné envie d'en écrire étaient des traductions françaises qui ne suivaient pas forcément cette règle.
Depuis, il est clair que mon écriture a évolué. Mes haïkus sont loins de toujours respecter la fameuse forme en 5-7-5 et lorsque je parle de mon souhait d'aller plus loin, le compte de syllabes n'est pas ce qui me préoccupe.
Et au fait, s'agit-il bien de syllabes? Je parlais de "recherches", et il faut bien avouer que les querelles d'experts concernant la métrique de la langue japonaise en général et de ses poèmes en particulier font rage. Ici et là, on vous dira en effet que le haïku comporte non pas dix-sept syllabe, mais dix-sept onji (unités de son japonais). Le malentendu viendrait de l'interprétation abusive faisant de ces onji des syllabes.
Diantre! Que signifie? En creusant un peu (Google et Wikipedia sont nos amis), on découvre en effet que notre brave syllabe peut encore être découpée en éléments plus fins appelés mores par une science répondant au doux nom de phonologie, elle-même branche de la linguistique.
On apprend ainsi qu'il existe aussi un poids syllabique déterminant leur découpage en une ou deux mores. Plus intéressant encore (si l'on peut dire ...), il existerait des langues basées non pas sur des syllabes, mais sur des mores. Dans de telles langues, les mots sont découpables en unités de sons ayant toutes la même valeur: ce sont les langues moriques.
Devinez quelle langue est toujours citée en exemple? Ceux qui ont répondu "le Japonais" ont gagné!
Le haïku classique ne ferait donc pas 5-7-5 syllabes, mais 5-7-5 mores. C'est à peu près impossible à reproduire en Français sans solides connaissances en phonologie, le Français étant une langue syllabique. C'est aussi un sacré défi en Anglais, langue accentuelle (c'est à dire rythmée par l'accent tonique).
On pourrait donc penser se libérer définitivement de cette contrainte illusoire, car propre à une langue basée sur un système de phonèmes différent du nôtre. Las! c'est compter sans les querelles d'experts dont je parlais. Du reste, il me parait significatif de constater que le paragraphe concernant le vers japonais dans l'article Wikipédia traitant du pied en poésie reste à écrire!
Il semblerait en effet (je mets au conditionnel, car c'est l'état actuel de mes recherches) que certains considèrent encore la syllabe comme la base de la prosodie en Japonais:
J’ai le sentiment que l’on continue d’accorder à la syllabe un statut central et universel par rapport aux autres éléments de la hiérarchie prosodique (more, pied, etc.) sans que ceci soit justifié, ni par les faits, ni par la théorie elle-même.
(Laurence Labrune, La phonologie du japonais : entre tradition et modélisation, Université Michel de Montaigne – Bordeaux 3 & CNRS - Equipe de Recherche en Syntaxe et en Sémantique, UMR 5610, 2005. Quand je vous disais que j'avais fait des recherches!)
On réalise, en se plongeant courageusement dans ce rapport de synthèse (!) que les experts en linguistique ne sont eux-même pas d'accord sur cette histoire de syllabes/mores. Même si c'est assez technique, cela vaut la peine de lire ce chapitre consacré aux composants prosodiques du japonais.
Quelles conclusions tiré-je de tout ceci?
Tout d'abord, si les experts eux-même ne sont pas d'accord sur la métrique du Japonais, je ne vois pas comment nous pourrions avoir une position strictement arrêtée. Et du reste, est-ce si important? J'ai voulu vous communiquer le fruit de mes recherches - étant d'un naturel curieux mais partageur- mais il faut bien avouer qu'on s'enfonce dans la technique la plus aride et que l'on s'éloigne de la poésie. Comme le disait Jean Cocteau: à force d'aller au fond des choses, on y reste.
Ensuite, il me paraît définitivement vain de prétendre adopter trait pour trait une forme poétique née d'une culture différente, avec une langue différente. Si le Japonais compte en mores et nous en syllabes et l'Anglais, le Russe et le Néerlandais en accents, le haïku dans une autre langue que le Japonais ne peut être qu'une adaptation. Cela suppose inévitablement que l'on fasse des choix, par nature contestables.
Enfin, et c'est la conséquence immédiate de ce qui précède, je ne vois donc pas de quel droit on contesterait à un tercet le statut de haïku au seul motif qu'il n'est pas long de dix-sept syllabes réparties sur trois lignes de cinq, sept et cinq syllabes. Et je ne parle même pas de cette répartition en trois lignes, pure convention occidentale car la haïku en Japonais s'écrit sur une seule ligne!
Si l'on s'en tient strictement aux critères de longueur, car il y en a évidemment bien d'autres, et beaucoup plus importants, je dirais donc que le haïku est un poème court de moins de vingt syllabes, si possible réparties en trois "temps" court-long-court.
J'aime le rythme ternaire et l'équilibre, aussi je me réjouis si je peux faire un 5-7-5 "conforme à la tradition", mais ce n'est plus du tout un impératif pour moi. Je ne renonce pas à un mot qui me paraît important ni ne renverse l'ordre des idées ou des images pour "tenir" dans ce format. Je ne torture ni la langue ni la syntaxe pour faire plus court. C'est généralement impossible, le haïku étant en principe l'expression de l'essentiel, donc l'image réduite au strict nécessaire, le "distillat ultime" de l'expérience. Inversement, je ne rallonge pas inutilement le poème s'il fait moins de dix-sept syllabes en y insérant des mots supplémentaires pour "faire le compte". Ce serait faire des vers de mirliton.
Je terminerai ce billet très technique et farci de liens en précisant qu'il n'y a qu'une occasion où je trouve le respect du 5-7-5 utile, et c'est lorsque l'on débute dans l'écriture du haïku. D'une part cela met un frein à la longueur des poèmes, car on est généralement habitué à la longueur de la poésie occidentale. D'autre part, cet exercice oblige à choisir soigneusement ses mots. Ces deux effets seront salutaires pour la progression. Toutefois, il ne faut pas en faire une obsession.
Le 5-7-5 est une idée en filigrane, l'essentiel est de lire des haïkus, encore et encore, des classiques japonais et d'autres, d'en écrire soi-même et d'en échanger avec d'autres haïjins. Et tout le reste est littérature (Verlaine).
par Richard
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L'écriture
Lorsque j'ai commencé à écrire des haïkus en août 2000, j'utilisais des feuilles volantes et un stylo quelconque.Ensuite, je les ai consignés soigneusement dans un petit livre de papier tibétain trouvé à l'Art du papier rue Vavin avec le petit stylo à plume ci-contre, acheté dans la même boutique.
Il y eut ensuite pour diverses raisons une longue interruption dans l'écriture, puisque je n'ai recommencé à composer des haïkus qu'en octobre 2005
Rangés dans la bibliothèque, le livre de papier tibétain et le petit stylo attendaient sagement leur heure. J'écrivais alors mes brouillons sur des feuilles volantes, avec n'importe quel stylo. Le petit plume et le livre étaient réservés aux haïkus finis.
Suite à cette mésaventure, je réalisai qu'il me fallait toujours avoir sur moi un carnet de brouillon et un stylo. Ce dernier était tout trouvé, sa petite taille et son excellente plume me convenant parfaitement. Pour le carnet, les critères de choix étaient simples: petit (tenant dans une poche), costaud, assez rigide pour que l'on puisse y écrire sans avoir besoin de s'appuyer sur un support et facile à trouver. Assez rapidement, mon choix s'est porté sur un carnet Clairefontaine à spirales de 100 pages de 95 x 140 mm. Je le trouve idéal: papier velouté, lignage fin (je préfère cela aux petits carreaux), coloris feuille morte discret et chaleureux (il existe aussi en noir) et couverture assez rigide. Il est très facile à trouver, notamment aux FNAC Halles et CNIT.
J'ai aussi essayé récemment les petits carnets récemment sortis par la société Jnf qui a rescussité le légendaire Moleskine. Légèrement plus petits, cousus, plus fins, ils peuvent dépanner et tiennent même dans une poche revolver. Le papier ivoire est finement quadrillé et, délicate attention, les pages de la seconde moitié du carnet sont détachables pour dépanner les amis d'une feuille ou deux. La dernière de couverture comporte un rabat, comme tous les Moleskine. Malheureusement, cette couverture est aussi le talon d'Achille de ce petit carnet car elle n'est pas assez rigide pour que l'on puisse écrire sans se passer d'un support. C'est donc pour moi un carnet de secours, existant en noir ou chameau et facile à se procurer par lot de trois partout où l'on trouve des Moleskine (la FNAC entre autres).
Et puis mon fidèle petit stylo a commencé à donner des signes de fatigue. Ce fut d'abord le revêtement (voir la photo). Cela ne me gênait nullement, ces signes de vie intense n'étant pas pour me déplaire. Plus ennuyeux, le verrouillage du capuchon a commencé à se montrer capricieux, et je n'avais pas envie de me retrouver avec de l'encre dans la poche. Il a bien fallu lui chercher un remplaçant.
Impossible de retrouver le même, il semble qu'il ne se fasse plus. Muni d'une excellente plume, pas cher (de tête une dizaine d'Euros il y a cinq ans), ce petit stylo dont la seule marque visible est "Online" sur l'agrafe (ça ne s'invente pas!) semble maintenant introuvable. Il a donc fallu trouver autre chose.
C'est à la papeterie du dôme à Montparnasse - que je recommande pour leurs excellents conseils, leur patience et leur amabilité - que j'ai trouvé mon bonheur, à savoir un Delta Soirée Undersize avec une plume en or 18 carats et des attributs plaqués or. Je n'étais pas parti pour acheter un stylo de ce prix, mais j'avoue avoir craqué pour ce bel objet fait à la main en Italie, garantie à vie et dont la plume est une merveille. Et puis j'écris tous les jours, je me suis donc fait ce plaisir. Je le trouve superbe, plus original qu'un Montblanc (qui existe en petite taille, modèle Mozart) et surtout son diamètre plus conséquent convient mieux à ma main.
Lorsque je l'ai essayé, deux haïkus sont venus spontanément sous sa plume:
déjà le feuillage
commence à se consumer
été finissant
commence à se consumer
été finissant
et:
mon stylo vide
en laissant entrer la nuit
je recharge
en laissant entrer la nuit
je recharge
Après cela, je ne pouvais que l'adopter.
par Richard
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L'écriture
Dans ce billet, j'exprimais mon souhait de franchir une étape dans mon écriture et notais que cela passait, entre autres, par une certaine qualité du regard. Serge Tomé avait eu l'amabilité de m'envoyer une bibliographie par courriel pour m'aider dans mes recherches.Il se trouve que l'un des ouvrages conseillés, Poèmes de tous les jours par Ôoka Makoto (éd. Philippe Picquier poche) contient d'excellents exemples de ce regard très particulier des extrêmes-orientaux sur le monde qui donne à leur poésie cette saveur très particulière qui m'a amené au haïku.
Ôoka Makoto est un poète, essayiste et critique japonais. Il tient depuis 1979 dans le grand quotidien Asahi une rubrique inittulée Poèmes de tous les jours dans laquelle il présente et commente un poème classique ou moderne, le situant dans son contexte et donnant une courte notice biographique de l'auteur. Une brève analyse fournit juste ce qu'il faut d'informations pour que le lecteur continue par lui-même ce que Ô.Makoto ne fait qu'esquisser. Le livre présente une sélection de cent de ces poèmes. L'ouvrage est très bien fait, et je le recommande chaleureusement à tout amateur de poésie japonaise.
J'ai relevé deux poèmes, deux tankas, qui illustrent ce que j'appellerai le "regard japonais" et qui me feraient presque éprouver le complexe du gaïjin:
dans la transparence de mon coeur s'en est allé la nuit
tourné vers elle pourtant j'en oubliais la lune
tourné vers elle pourtant j'en oubliais la lune
Empereur retiré Hanazono (1297-1348)
dans leur science du temps les fleurs des champs d'automne
ont toutes le parfum des rayons de lune
ont toutes le parfum des rayons de lune
Jien (1155-1225)
Le premier montre à quel point la direction et l'angle du regard sont importantes. Au plus profond du poète, son coeur, il intériorise tant la nuit qui l'enveloppe qu'il en oublie la lune, unique source de clarté, sur laquelle il avait pourtant les yeux fixés. A sa place, un poète occidental, surtout un romantique, aurait chanté la beauté et la douceur de la nuit et la qualité si particulière de la lumière sélène. Ce faisant, il serait resté à l'extérieur de cette nuit qui n'aurait fourni qu'un décor propre à nourrir son lyrisme. Tout à fait différente est l'approche du poète japonais, qui intériorise et fait totalement sienne cette nuit au sein de laquelle il se fond au point d'oublier tout éclat extérieur, en eût-il la plus importante source devant les yeux. Au passage, heureux temps et heureux pays où les empereurs retirés devenaient poètes (toute allusion à un "retraité de l'île de Ré" existant ne serait pas tout à fait fortuite ni involontaire ...)
Dans le second tanka, la nature est merveilleusement mise en avant, et là encore par et pour elle-même. Les fleurs se voient dotées d'une merveilleuse sagesse, d'autant plus fascinante que l'homme ne l'a pas: la science du temps qui passe. Cette science leur permet de "savoir" quand elles doivent s'ouvrir et, par un changement de perspective proprement génial, leur parfum en vient à être attribué à la lune, leur donnant une qualité cosmique qui englobe de ce fait tout l'Univers. Sagesse et unicité de la Nature, pure observation de la part du poète qui, totalement absent du tanka, ne fait que peindre ce qu'il voit et donner à cette Nature le premier rôle. Aucun poète occidental n'aurait eu cette approche.
C'est cela le regard que je cherche. Il y a encore du travail!
par Richard
publié dans :
L'écriture
J'ai parlé il y a deux jours de haïga, l'alliance de la peinture et de la poésie dans mon billet sur l'art de Sounya.
Il se trouve que nous apprécions tout deux ce que fait l'autre. Après en avoir discuté par courriel, nous allons donc nous essayer au haïga. Nous n'avons pas vraiment de références ni de règles en la matière, nous allons tout simplement essayer de voir comment les poèmes et les peintures existantes peuvent s'allier avant de tenter l'aventure d'oeuvres totalement originales.
Le premier résultat de ce rapprochement est visible chez Sounya ici suite à la série "pluie battante".
Lisez tout d'abord les haïkus seuls, puis relisez-les chez Sounya en regardant sa peinture. Et dites-nous sur les deux sites ce que vous inspire le rapprochement du trait et des mots.
Merci à Sounya, je suis heureux de cette première collaboration qui ouvre, je l'espère, une longue série.
Je viens du reste de tomber sur un poème chinois de Siao Ting (13è siècle) dont je vous livre un fragment car il me paraît bien adapté à mon ressenti vis à vis de la peinture de Sounya:
Il se trouve que nous apprécions tout deux ce que fait l'autre. Après en avoir discuté par courriel, nous allons donc nous essayer au haïga. Nous n'avons pas vraiment de références ni de règles en la matière, nous allons tout simplement essayer de voir comment les poèmes et les peintures existantes peuvent s'allier avant de tenter l'aventure d'oeuvres totalement originales.
Le premier résultat de ce rapprochement est visible chez Sounya ici suite à la série "pluie battante".
Lisez tout d'abord les haïkus seuls, puis relisez-les chez Sounya en regardant sa peinture. Et dites-nous sur les deux sites ce que vous inspire le rapprochement du trait et des mots.
Merci à Sounya, je suis heureux de cette première collaboration qui ouvre, je l'espère, une longue série.
Je viens du reste de tomber sur un poème chinois de Siao Ting (13è siècle) dont je vous livre un fragment car il me paraît bien adapté à mon ressenti vis à vis de la peinture de Sounya:
sous mon pinceau
la profondeur
de mille années
la profondeur
de mille années
par Richard
publié dans :
L'écriture






