Texte Libre

Ce blog est né d'un haïku. Le voici ...

couché sur l'herbe
dans mon manteau d'étoiles
j'ai dormi

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Pas en forme aujourd'hui. Un mal de tête tenace depuis ce matin. J'ai bien essayé de faire la sieste, mais ...

sieste -
par mon propre ronflement
réveillé

J'ai eu ensuite l'idée saugrenue de terminer par un smiley :

sieste -
par mon propre ronflement
réveillé
:-(

Poussant ensuite la logique jusqu'au bout, j'ai écrit :

sieste |-I
par mon propre ronflement |^o
réveillé #:-(

(avec une coiffure pétard, j'ai vraiment des idées étranges aujourd'hui. Voir ici la liste de ces bons vieux smileys en caractères ASCII.)

Enfin, pourquoi ne pas tenter la version totalement graphique, pendant des idéogrammes de nos Maîtres japonais:

|-I
|^o
#:-(

Pas très explicite, sans doute. Expérimental, sûrement. Amusant, à vous d'en juger!
Cette fois, on y a eu droit. Il y a deux jours, après une journée à plus de trente degrés, les orages (car il y en a eu plusieurs) ont éclaté dans la nuit avec violence.

le ciel noir
renversé d'un coup
au premier éclair

orage nocturne
le monde n'est plus que noirceur
parcourue de spasmes

le tonnerrre roule
d'un bout à l'autre du ciel
l'escargot s'en moque

Un miracle que les enfants ne se soient pas réveillés avec un tel vacarme. Cela m'a rappelé ce que me disait ma grand-mère avec son bon sourire lorsque j'étais enfant:

le tonnerre gronde -
c'est le petit Jésus
qui joue aux boules

Le lendemain, après une brève éclaircie, c'est reparti, moins violemment que dans la nuit cependant, et surtout moins longuement. Vers la fin, nous vons même eu une très belle surprise entre le chantier au loin et les Cuverons.

soleil sous averse -
un magnifique arc-en-ciel
de la barre aux grues

Aujourd'hui, le temps est très instable, nous avons perdu plus de dix degrés et le vent souffle pas mal. Espérons que ce n'est pas déjà la fin de l'été.

tempête d'été -
le vent me hurle sans cesse
que la vie est courte

Je reviens ici sur le travail remarquable de Marcel Peltier, déjà évoqué ici.

A l'époque où Marcel participait à la liste haiku-fr, ses haïkus et senryûs frappaient déjà par une concision remarquable, due à un choix soigneux des mots. En général, cela allait de douze à quinze syllabes maximum, avec un précision redoutable.

Depuis, désirant échapper à toute contrainte formelle, Marcel poursuit sa recherche avec ce qu'il appelle des fragments sur son site Moments Ouverts à la Poésie Minimaliste (d'où sa signature: MOP).

A la question de savoir s'il s'agit encore de haïku, Marcel me répond directement dans le fragment 1149, que je cite ici:

Fragment ? Vers libre ? Vers avec césure forte ? Un haïku ? Pas nécessairement ! Une approche de la réalité vraie malgré les filtres physiques ou psychologiques, qui nous empêchent d'être au coeur de cette réalité. Fragment porteur d'un silence, essence... Une ligne en écriture ordinaire, l'autre ligne en italique, comme pour s'accrocher à autre chose, pour marcher avec d'autres yeux, avec d'autres oreilles, avec d'autres pas, parfois plus lourds, parfois plus légers, à moins que... Le non-dit. A rechercher. Moment ouvert à la poésie...


On ne peut pas mieux dire. Et ces fragments peuvent briller comme le mica dans du granit, c'est à dire d'un éclat insoutenable au milieu de la grisaille:


Senteurs de serpolet

cris de corneille


L'immédiat

n'est que bruit de torrent


Des hommes souffrent

et j'écris des haïkus du silence !


L'arc de bruits

les tondeuses dévorent


J'entends tronçonner et rire

un sapin tombe


Ces quelques exemples donnent une idée de ce qui vous attend sur ce site que je vous encourage vivement à visiter. Je n'en dirais pas plus, on ne disserte pas sur le silence, il faut l'éprouver par soi-même, goûter sa saveur délicate.

Les fragments de Marcel portaient autrefois un titre. Bien qu'écrit après le fragment qu'il chapeautait, je trouvais que ce titre ressemblait parfois à une "première ligne" deguisée qui reconstituait ainsi le ternaire du haïku. Depuis le fragment 1171, Marcel a supprimé le titre, et seul reste le fragment dans sa force pure. Je vous le répète, allez lire Marcel. Vous en reviendrez étonnés, troublés, peut-être un peu déstabilisés, mais pas indifférents.

 

au milieu d'un champ
goûtant la saveur délicate
du silence

 

du bruit dans la chambre -
sa petite voix réclame
un dernier câlin
l'aiguail s'amenuise -
réfugié sur l'arrosoir
un petit escargot
La grande vague au large de Kanagawa - Hokusaï C'était le dernier jour pour visiter l'exposition que le musée Guimet consacrait au grand maître Katsushika Hokusaï.

De par sa longévité exceptionnelle (90 ans!), la variété, la qualité et l'abondance de sa production, Hokusaï est incontournable lorqu'on parle d'estampes japonaises. Même si d'autres maîtres tels qu'Hiroshige ou Utamaro ont popularisé l'estampe japonaise en Occident, Hokusaï reste pour moi le plus grand.

Aussi à l'aise en monochrome qu'en polychrome, il a abordé avec un égal bonheur tous les styles et tous les sujets: paysages, scènes de genre, nature, érotisme.
De lui, on connaît surtout sa série d'estampes "Trente-six vues du mont Fuji", dont fait partie la fameuse grande vague au large de Kanagawa représentée ci-dessus.

On a tout écrit sur cette vague, on continue encore aujourd'hui à en décrypter le symbolisme, certains pensent même y voir l'inspiration du logo Quicksilver! Je l'avais tellement vue en reproduction, il me fallait absolument voir l'original.

Effectivement, le niveau de détails, la profondeur du paysage, les couleurs, l'écume qui retombe en fines gouttelettes, tout y est éclatant de vie. On sent presque les embruns vous fouetter la figure.

L'exposition tout entière méritait bien les quarante-cinq minutes d'attente sur le trottoir tant elle était riche et rendait justice à celui qu'Edmond de Goncourt appelait "l'affolé de son art", sous-titre de l'exposition. Je n'aime pas beaucoup cette formule, un peu trop dramatique à mon goût.  Hokusaï affirmait avoir commencé à comprendre la nature profonde des choses à soixante-treize ans et espérait atteindre la perfection à cent dix ans. Lorqu'on voit ce qu'il a fini par peindre à quatre-vingt dix, on se dit qu'il s'agissait d'un artiste non pas affolé, mais habité par son art.

Une très belle exposition, où je regrette seulement une présentation légèrement austère et une muséographie un peu vieillotte. Le vieux maître, si novateur en son temps puisqu'il intégra à l'estampe japonaise la perspective et le point de fuite des Occidentaux, sans parler de pigments tels que le bleu de Prusse, méritait mieux.

De même, le public était insufisamment canalisé, notamment dans la salle présentant les fameuse vues du mont Fuji, d'où un interminable embouteillage devant les oeuvres les plus célèbres.

expo Hokusaï -
devant la Vague un dos nu
couvert de fleurs de cerisiers

Après l'exposition, Florian (3 ans et demi) voulût voir la tour Eiffel.
Il fallait voir le petit bonhomme le nez en l'air sous l'emblême de Paris! Après avoir été tout sages au musée, il était normal que les petits se défoulent un peu dans le parc voisin.

fin d'après-midi -
mes enfants donnent la chasse
aux pigeons du parc

mes enfants jouent
dans le jardin en pente douce -
la quarantaine

... c'est à dire "sauterelle" en japonais.

Après mûres réflexions et avis, la version définitive de ma fameuse sauterelle sur son piment sera finalement celle-ci:

la sauterelle
sur un piment vert
amoureuse

De l'avis à peu près général, ôter le "vert" serait plus préjudiciable qu'autre chose, car c'est précisément ce qui permet de comprendre le haïku et sa touche humoristique. Je suis d'accord, et je garde cette version.

Notre traductrice japonaise Ayako a bien voulu me faire ce plaisir:

kirigirisu
ao tôgarashi no ue ni
aishiteru

kirigirisu: la sauterelle
ao: vert (le vert des plantes, sinon le mot signifie bleu)
tôgarashi: piment
no ue ni: sur
aishiteru: amoureuse (Ayako m'a proposé trois traductions de ce mot, ajoutant que celle-ci était la plus littéraire).

Les sonorités de cette traduction japonaise me ravissent. De plus, c'est un 5/8/5, presque classique. Il aurait été amusant que mon haïku, irrégulier en français, soit "régularisé" en japonais.

Quoiqu'il en soit, cela me donne envie de faire traduire d'autres haïkus. En réalité, j'aimerais sortir un recueil trilingue français/japonais/anglais. Un rêve qui revient de plus en plus...
Enfin les vacances. Nous restons à la maison cette fois. Il y a encore quelques cartons à ranger (eh oui, après plus d'un an), quelques peintures et autres menus travaux (menus mais pas pour moi, qui suis un bricoleur très amateur). Il y a aussi la cuisine dont il faut prévoir la rénovation.

Bref, on ne va pas chômer, même si l'objectif premier est de récupérer.

premier matin de vacances -
un sentiment de revanche
le réveil muet

premier matin de vacances -
réveillé tôt
malgré tout

premier matin de vacances -
le soleil lui caresse un sein
moi l'autre
pic-nic au parc -
sur l'herbe trois filles en rouge
croquent des tomates

chant d'oiseau au parc -
fébrilement quelqu'un cherche
son portable

sieste au parc -
à deux pas le chien errant
pose sa crotte

Manteau d'étoiles



Bienvenue sur le blog haïku de Richard (alias Yamasemi), principalement consacré au haïku et au senryû, un style de poème court venu du Japon.

Découvrez mon itinéraire dans l'écriture, une présentation des Maîtres du haïku et mes propres haïkus et senryûs au fil des jours. Vous trouverez plus d'informations sur ce blog dans la page d'aide.

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