Croquis pris sur le vif

quelqu'un fredonne
le Chant des partisans
- huit mai


J'avais étudié ce chant à l'école. Ce qui m'avait particulièrement frappé, c'est le contraste entre la fausse douceur de la mélodie -on dirait une berceuse- et la violence tranquillement assumée des paroles de Joseph Kessel et son neveu Maurice Druon, terribles et magnifiques.
Terribles, parce qu'on y parle de sang, de tuer et de crever. Magnifiques, parce qu'elles ont la tranquille force des opprimés animés de l'assurance de leur bon droit et de l'espérance de recouvrer leur liberté.

Je me souviens surtout de ce vers qui me faisait -et me fait encore- frissonner tant il incarnait cette espérance têtue :

Ami, si tu tombes un ami sort de l'ombre à ta place

et de celui-ci:

Chantez, compagnons, dans la nuit la Liberté nous écoute ...

Plus de soixante ans ont passés depuis que ce chant a été écrit. La leçon de ses paroles, universelle, ne semble toujours pas avoir été comprise de ceux qui, de Bagdad à Beyrouth en passant par Kaboul, ignorent plus ou moins volontairement que les peuples opprimés ont toujours réussi à secouer le joug.

Tôt ou tard, et quel que soit le prix à payer.

Gag

Pas vraiment un senryû, mais une tranche de vie toute fraîche :

cabinet médical -
le docteur reçoit-il ce soir ?
- non, il est malade
trottoir mouillé -
le reflet de la lune
s'obstine à me fuir
L'UNICEF organisait aujourd'hui une conférence sur le thème des enfants-soldats. On compterait aujourd'hui environ 300.000 mini-soldats de par le monde, y compris, apprend-on avec stupeur, dans l'armée britannique! Le ministre de la défense du Royaume-Uni vient en effet d'admettre la présence en Irak de quinze soldats de moins de dix-huit ans, dont quatre filles.

Je regardais hier au journal télévisé un reportage en République Démocratique du Congo. Certains gamins serraient sur leur coeur des kalachnikovs plus grands qu'eux. Leur regard n'avait hélas plus rien d'enfantin.

la mine farouche
son fusil n'est pas un jouet
l'enfant-soldat
Je ne sais pas si c'est parce que nous vivons nos derniers mois de Parisiens, mais ce sont surtout des scènes de la ville qui m'inspirent en ce moment.

la barbe du clochard
un petit peu plus longue
un hiver de plus

contemplant la foule
de son abri de carton -
Diogène pensif
douceur hivernale -
les vendeurs de marrons chauds
ont plié bagage
J'ignore si c'est pour égayer un peu cet hiver étrange, mais plus d'une semaine après les fêtes, la plupart des rues de Paris ont gardé leurs illuminations de Noël. Cela change le point de vue sur certaines choses ...
dans la rue en fête
le gyrophare des flics
festif lui aussi
caressant ses courbes
en sourdine une suite
pour violoncelle
La fin de l'année a été si folle que nous nous sommes retrouvés à faire les courses de Noël au dernier moment. Inutile de dire qu'il y avait foule. Il faut croire que nous n'étions pas les seuls à être en retard, j'ai même croisé quelques sapeurs-pompiers parisiens en tenue :

magasin de jouets -
croisant un sapeur-pompier
poupée et rangers

veille de Noël -
un pompier, un camion de pompiers
dans les mains

Dehors, la foule compacte et affairée prépare la fête. Pas tout le monde.

barbe hirsute et bonnet rouge -
cette année le père Noël
est un SDF

Manteau d'étoiles



Bienvenue sur le blog haïku de Richard (alias Yamasemi), principalement consacré au haïku et au senryû, un style de poème court venu du Japon.

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