Printemps

Bien, j'ai sélectionné cinquante haïkus pour la lecture publique de ce soir.

Je ne les ai pas classés par saisons, comme on le voit souvent dans les livres consacrés au haïku, je trouve cela un peu scolaire. Je préfère me ménager la possibilité de changer l'ordre de lecture en fonction de mon humeur du moment et de la réaction des personnes présentes.

A ce propos, j'ai souvent lu qu'un haïku devait toujours être testé par une lecture à haute voix. Personnellement, j'ai un petit problème avec ça. Pour moi, le haïku se lit en pensée. Tout au plus dans un murmure. C'est une poésie qui dérange à peine le silence. Il se déguste dans un beau livre, se lit plusieurs fois de suite, car le plus important se trouve entre les mots, dans la résonance qu'ils vont avoir dans l'histoire personnelle du lecteur. Certains vous toucheront parce qu'ils éveillent un souvenir ou correspondent à une expérience vécue et peut-être jamais verbalisée. Votre voisin n'y verra rien d'intéressant mais s'enthousiasmera pour un autre qui vous laisse froid. C'est ainsi, chacun possède sa propre "acoustique intime".

Ce n'est pas tant ce que le haïku dit que ce qu'il suggère qui est important. Jetez un caillou minuscule dans l'eau calme d'un étang. Attendez quelques instants et voyez jusqu'où s'étendent les ondes qui partent du point d'impact. C'est tout à fait l'effet d'un haïku, pour peu qu'il soit reçu avec un esprit disponible (comme l'eau calme, précisément. Mizu no kokoro : l'esprit comme l'eau).

Aussi, je me demande encore comment je vais lire mes haïkus à haute voix. Je ne vais tout de même pas la jouer à la Luchini, en répétant plusieurs fois les passages qui paraissent importants, ça irait à l'encontre de la légèreté du genre.

On verra bien, en fonction de l'ambiance. A ce soir peut-être ...
 
Le printemps arrive officiellement demain (même si j'ai adopté sur ce blog le découpage japonais des saisons, avec un printemps débutant le 4 février).

De bon matin, un indice bien sympathique annonce l'arrivée du renouveau :

préparant le thé
le chant des oiseaux mêlé
à celui de la bouilloire


Il est temps de faire provision de lumière et de chaleur, on en a grand besoin. Si la première est bien présente, en dépit des passages nuageux, ce n'est pas gagné pour la seconde.

malgré le ciel bleu
on frissonne au soleil
ah ! le vent de mars


Quant au ciel, il est toujours aussi variable, fascinant dans son impermanence :

le ciel de mars !
    toujours changeant
       toujours changeant
 

dans le ciel de mars
les nuages s'effilochent -
mon esprit aussi


... ce qui n'empêche pas que :

jaunes, blancs, violets
la pelouse en habits de fête -
crocus ouverts


Il est temps pour moi de finir de préparer la venue du printemps. Et pour ceux qui ne l'ont pas encore fait, de voter pour le croissant de lune !

matin de printemps
un instant sur la fenêtre
l'ombre du corbeau

matin de printemps
sur la ville étincelante
le reflet des nuages
réveil matinal
sans déranger le silence
contempler le ciel

soleil printanier
même la pie prend des couleurs
quand elle s'envole

fin du jour -
dans le ciel de mars la lune
déjà haute


N'oubliez pas de voter pour le croissant de lune et pour le concours de haïkus de Marco Polo magazine (jusqu'à demain, 15 mars).
 
A l'initiative de Neko, nous saluerons le printemps lundi prochain, 20 mars au Musée Adzak, 3 rue Jonquoy – 75014 Paris à partir de 19h.

Une présentation générale du haïku et du senryû au moyen d'oeuvres classiques sera suivie de lectures de haïkus et senryûs contemporains par divers auteurs, dont votre serviteur.

C'est la première fois que je vais me retrouver à lire mes "oeuvres" en public. Je n'ai aucune idée de l'état dans lequel ça va me mettre et pour tout dire, je verrai ça le jour même, je traiterai avec le trac directement. Je vais me pointer aussi décontracté que possible, avec mon petit carnet en papier du Tibet sur lequel je consigne soigneusement les haïkus et senryûs réputés terminés (qui y figurent parfois avec différentes variantes d'ailleurs).

Je pense que ce sera une expérience intéressante. Un grand merci à Neko d'avoir eu cette excellente idée et d'avoir organisé cette soirée. Comme quoi un chat (Neko) peut faire le printemps !

A lundi prochain ...
 
les gouttes sur la branche -
assez pour te désaltérer
mésange

 
Le ciel de mars change décidément à toute allure. C'est très inspirant, comme disent nos amis du Québec, car il suffit de le regarder toutes les cinq minutes pour découvrir qu'il nous a composé un nouveau tableau, radicalement différent du précédent :

ciel de traîne
les nuages gris et roses
passent sans s'arrêter


le temps de boire une tasse de thé :

sous le ciel de plomb
un rayon de soleil dore
le paysage



Et puis j'arrive à la fin d'un carnet d'esquisses. Ce fameux carnet qui ne quitte jamais les haïjins, avec un petit stylo plume dont le revêtement commence à partir à force de frotter dans ma poche. Le carnet suivant est prêt à prendre la relève, mais c'est amusant parce que cette fin de carnet arrive aussi à la fin d'un cycle. Depuis quelques semaines, les haïkus venaient facilement, sans trop d'efforts. Déjà hier, une petite baisse de régime annonçait une de ces pauses dont je parlais ici. Seule différence, celle-ci ne m'inquiète pas outre mesure. J'aurai l'occasion d'en reparler, mais mon attitude vis-à-vis de l'écriture a changé. Je ne prends plus au tragique ce besoin de reposer l'oeil et le stylo et de leur accorder un peu de détente. Au contraire, c'est sans doute le meilleur moyen d'accueillir d'autres instants féconds en haïkus. Ainsi, je n'étais pas totalement satisfait du second haïku d'hier, un peu "expérimental" et obscur à mon goût. Après une nuit de repos et de recul, je réalise qu'il m'a fourni la base d'un auto-portrait assez ressemblant :

les pieds sur terre
la tête dans les nuages
je danse avec la pluie

 
Au fait, n'oubliez pas que le vote pour le croissant de lune est toujours ouvert ...
giboulées de mars -
jouer à esquiver la pluie
d'un pas de côté

sous le ciel changeant
des jeux d'ombre et de lumière
dansent avec la pluie

*Note : ré-édition du 12 mars. Finalement, je trouve ça plus clair avec "dansent"
 
corbeaux dans la bruine
sous le ciel décoloré
l'herbe reverdit

 

Manteau d'étoiles



Bienvenue sur le blog haïku de Richard (alias Yamasemi), principalement consacré au haïku et au senryû, un style de poème court venu du Japon.

Découvrez mon itinéraire dans l'écriture, une présentation des Maîtres du haïku et mes propres haïkus et senryûs au fil des jours. Vous trouverez plus d'informations sur ce blog dans la page d'aide.

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